Un Top 14, parce que ça change des classiques « Top 10″, parce que le rugby devient à la mode… et parce que c’était déjà très difficile de choisir comme cela… Et en plus, je viens de m’apercevoir que j’avais oublié « 3 Secondes », l’OVNI de Marc-Antoine Mathieu, qui, du coup, devient album « hors-compétition » de l’année !
La fin d’année est propice aux regards rétrospectifs et aux palmarès. On va y sacrifier aussi, sans volonté prosélyte et en toute humble subjectivité (au vu du nombre de nouveaux albums, la subjectivité est de toute façon de rigueur). Et surtout comme moyen de fixer le regard sur les belles réussites d’une année 2011 assez riche en la matière et de prendre date sur ces plus beaux moments d’émotion bédéphile.
1- Habibi de Craig Thompson (Casterman). Parce qu’il s’agit là d’un étonnant roman graphique, saga orientale, vrai-faux conte brassant mythologies ancestrales de l’orient, religions et critique du capitalisme prédateur. Et que les personnages sont quand même vraiment attachants.
2 - La grande guerre de Charlie de vol.1, de Pat Mills et Joe Colquhoun (Label Délirium, ed. 360 Media Perspective / Cà et Là). Parce que ce coup éditorial mérite d’être salué à sa juste valeur et que cela permet de faire connaître une bande dessinée assez unique, britannique et anti-militariste sur la Grande Guerre.
3 – Les ignorants, d’Etienne Davodeau (Futuropolis), parce que ce reportage croisé dans le milieu de la vigne et celui de la bande dessinée est passionnant et sincère.
4 – Reportages de Joe Sacco (Futuropolis). Parce qu’il s’agit d’une belle leçon de journalisme, d’un bel exemple de grand reportages et d’une incontestable démonstration de la capacité de faire tout cela en BD.
5 – Abélard, de Renaud Dillies et Régis Hautière (Dargaud). Parce qu’il s’agit là du plus poétique et émouvant album que j’ai pu lire cette année. Un conte touchant et plus ambitieux qu’il n’y paraît.
6 – Journal d’un journal de Mathieu Sapin, éditions Shampoing (Delcourt). Parce qu’il s’agit d’un très bon reportage embedded sur le monde de la presse écrite, en l’occurrence au journal Libération. Avec autant d’humour que de pertinence.
7 – Les années douces, de Jirô Taniguchi (Casterman). Parce que Taniguchi et parce que ce diptyque délicat et pudique décrit si bien la transformation des sentiments avec autant de force que de douceur.
8 – Svoboda, tome 1, de Kris et Pendanx (Futuropolis). Parce qu’on découvre ici un épisode très (voire totalement) méconnu de la Révolution russe et que le traitement, lyrique et puissant transporte au rythme de ces convois ferrés blindés. Et qu’on a hâte d’arriver à la prochaine étape (promise pour le début 2012).
9 – Valérian vu par… Larcenet, t.1 : l’armure du Jakolass (Dargaud). Parce que Larcenet se montre un aussi fidèle que déconneur successeur de Christin et Mezières pour cette suite « complètement différente » de Valérian. Et à ce titre parfaitement respectueuse du souhait du duo initial.
10 – Alter Ego, de Denis Lapière et Renders (Dupuis). Parce que c’est un joli exploit d’avoir pu sortir les six tomes dans la même année et que le concept des albums imbriqués les uns dans les autres fonctionne sans faute. Sur fond de thriller génético-politique impressionnant.
11 – Prométhée, tome 4: Mantique, de Christophe Bec, Alessandro Bocci, Stefano Raffaele (Soleil). Parce que cette intrigante et envoûtante série de SF tient en haleine depuis quatre albums déjà, sans que l’intérêt ne décroisse, ni le mystère d’ailleurs.
12 - Voyage en Satanie, tome 1 de Vehlmann et Kerascoët (Dargaud). Parce que cette première partie du diptyque se montre aussi bien que le très réussi Jolies ténèbres des deux (trois en fait) mêmes auteurs. Et parce que ce nouveau voyage au centre de la Terre s’avère d’une réjouissante fantaisie.
13 - Le Capital, de Karl Marx (Soleil manga/Démopolis). Parce qu’adapter Karl Marx en mangas, il fallait oser ! Et parce que le résultat s’avère être un joli travail de vulgarisation.
14 – L’affaire des affaires, tome 4 : Justice, de Denis Robert et Laurent Astier (Dargaud). Parce que Denis Robert le mérite bien et parce que j’ai (enfin) l’impression d’avoir compris l’affaire Clearstream.
Et quelques autres, en vrac, qui n’ont pas démérité et qui m’ont fait passer d’autres bons moments :
Des dieux et des hommes, t.1: La fin du commencement, Dionnet et Theureau (Dargaud). Pour le retour de Jean-Pierre Dionnet à la BD, dans une série très « Métal Hurlant » et qui, de surcroit, commence très bien dans cet album forcément déjà mythologique.
Accords sensibles, Lapone et Hautière (Treize étrange). Parce qu’a priori, il n’y avait rien pour m’attirer dans ce récit rétro années 50 et parce que j’ai été vraiment séduit par le charme mélancolique et jazzy de ce joli petit album.
Cité 14, saison 1 & 2, Gabus et Reutimann (Humanoïdes associés). Parce que le premier album (ré-édité) posait bien les fondations de cette série très serial et pulp déjantée. Et parce que l’univers aussi urbain que dantesque de Cité 14 se construit avec toujours autant de bonheur dans la nouvelle seconde saison inédite.
Un sac de billes, tome 1, Kris et Bailly (Futuropolis). Parce qu’il s’agit d’une très belle adaptation, élégante et fidèle, du célèbre roman de Joseph Joffo.
Les sentinelles, tome 3 : Ypres, Xavier Dorison et Enrique Breccia (Delcourt). Parce que cette adaptation, de plus en plus comics de la Guerre de 14-18, s’avère aussi originale que réussie dans son traitement graphique et narratif.
La belle image, d’après Marcel Aymé, Bonin (Futuropolis). Parce qu’on se croirait en effet dans un roman de Marcel Aymé, avec son atmosphère désuète et doucement fantastique et parce que Cyril Bonin dessine vraiment très bien les visages de femmes.
Muslim Show, t.2 : mariage Noredine Allam et Greg Blondin, (BDouin). Parce que cette BD amiénoise, drôle et empathique démontre, pour la seconde fois, les qualités de ce duo dans l’humour musulman.
Univerne, t.1, Morvan et Nesmo (Soleil). Parce qu’il s’agit d’une jolie adaptation de l’univers de Verne, transfiguré steampunk et pour son héroïne journaliste, la jolie Juliette.
Le marin, l’actrice, et la croisière jaune, t.2, Hautière et Poitevin (Soleil). Parce que les deux auteurs ne se sont pas perdus sur la piste de la Croisière jaune et que la série va en se bonifiant.
Seuls, t.6 : la quatrième dimension, Gazzotti et Vehlmann (Dupuis). Parce que cette morbide série jeunesse continue de happer le lecteur en traitant, sous un trait très « jeunesse » des thèmes qui le sont nettement moins.
Cléo, Fred Bernard (Marabulles/Marabout). Parce que Fred Bernard n’a pas son pareil pour se mettre dans la peau d’une jeune femme et que sa nouvelle héroïne, prétendument ordinaire, s’avère très craquante et séduisante. Et parce que ce roman graphique sorti dans l’indifférence en 2010) mérite une deuxième chance.
Vents contraires, moissons rouges, Hautière et Ullcer (Delcourt). Parce que ce thriller scientifique remplit toutes ses promesses et se montre d’une efficacité redoutable.
Zombillénium, tome 2, Arthur De Pins (Dupuis). Parce qu’il faut encourager la diversification économique du Nord Pas-de-Calais et qu’il s’agit là du plus drôle des parcs d’attractions.
Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle, Nury et Brüno (Dargaud). Parce que Nury et Brüno restituent toute la force sombre et implacable de la vengeance et dissèquent l’obscénité irréductible du système esclavagiste, dans une adaptation résolument personnelle d’un roman d’Eugène Sue.
Le Grand mort, t.3 : Blanche, Loisel, Djian, Mallié (Vents d’Ouest). Parce que cette série mêle toujours aussi habilement critique sociale très réaliste et féérie bretonnante. Et que le résultat graphique est toujours aussi beau.
Le Protocole Pélican, t.1, Marazano et Ponzio (Dargaud). Parce que ce thriller concentrationnaire se montre pour l’heure particulièrement intrigant.
Back to Perdition, tome 2, Marie et Vanders (Vents d’Ouest). Parce que ce diptyque au fond du bush australien se conclue comme une tragédie grecque, version hard boiled.
XIII Mystery, Colonel Amos, Boucq et Alicante (Dargaud). Parce que les deux auteurs donnent une étonnante consistance au personnage secondaire du Colonel Amos.
Sarkozy et les riches, Dély et Aurel (Drugstore). Parce que sous le mode caricatural se dévoile l’essence du sarkozysme. Drôle et riche d’enseignements.




















