Siné joue les Père Noël de crise

Paraissant tous les premiers mercredis du mois, Siné Mensuel, prend même un jour d’avance, cette fois…

Un Père Noël de crise, mais une superbe couv’ (due à Siné lui-même) pour ce numéro de décembre de Siné Mensuel, quatrième du nom, qui paraît ce mercredi 30 novembre.

Un numéro largement consacré à la situation économique et à un décryptage à contre-courant : un responsable de l’ONG Finance Watch, le « Greenpeace de la finance » explique les dessous de la spéculation internationale ; l’économiste Pierre Concialdi souligne, lui, face à la chasse sarkozyste aux fraudes sociales, pourquoi près de 20% de pauvres ne bénéficient pas des prestations qu’ils devraient toucher ; le journaliste suisse Ian Hamel a trouvé aussi des pauvres chez les Helvètes ; la présidente d’Attac dénonce la récupération des idées altermondialistes à peu de frais par les gouvernants. Et, toujours côté crise et Suisse, mais versant presse, le mensuel fait le point sur la stratégie de l’héritier de l’empire Hersant, qui licencie 1 650 salariés en France – avec la liquidation des gratuits Paru Vendu, en attendant, peut-être le démantèlement de son groupe de PQR – tandis qu’il rachète des quotidiens au bord du lac Léman.
A lire aussi des enquêtes sur la guerre des golfs sur les contreforts de la montagne Noire, la présence du très droitier syndicat étudiant UNI au meeting de l’UMP, le ratage du  solaire à la française, la stratégie israélienne face à l’Iran ou les cabanes au Canada des « anarchitectures ». Et toujours les désormais fameuses « fiches pratiques » – cette fois : comment soutenir un proche en prison ; éviter l’engueulade du réveillon ;  ne pas travailler trop ; et le cocktail du patron, les chroniques de Berroyer, Noël Godin ou Jean-Pierre Bouyxou.

Côté dessins, Siné dans sa zone revient sur l’affaire Charlie Hebdo, Lindingre raconte l’économie, le nouveau Mensuoscope d’Aranega, les pages de Jiho, Mix & Remix, Faujour, Willem, Carali, Berth. 

De quoi justifier les 4,80 euros de son achat.

Un « Bref » moment dans un panier
de crabes

Si c’est rare, certaines bandes-annonces peuvent être déjà très alléchantes et réussies. C’est le cas de celle du deuxième tome de la Marche du crabe d’Arthur de Pins, qui retrouve ses crustacés fétiches après ses esprits fantastiques de Zombilénium.  L’album, pour sa part, paraît ce 1er décembre.

Réalisé par l’auteur lui-même, ou plutôt « Artur de pinces » bien sûr. Un petit bijou d’animation à la sauce « Bref », (le programme court et culte du moment de Canal) + à découvrir sur le site des éditions Soleil.

Et pour ceux qui seraient en région parisienne ce week-end, Arthur de Pins sera en dédicace au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil vendredi 2 et dimanche 4 décembre. Bonne occasion de lui serrer la pince…

Le temps de vivre une journée
(très) noire

Le temps de vivre, de Stéphane Piatzszek et Séra, éditions Futuropolis, 128 pages, 20 euros.

Un roman noir, très noir – sous tous les aspects – et une densité extrême au mètre carré. Le temps de vivre se passe en effet dans un périmètre des plus restreints, entre un bar faisant face à un entrepôt, pas très loin d’une vieille usine et d’un bordel. Unité de lieu et aussi unité de temps, car le récit se déroule sur une seule journée, qui va condenser la tragédie de tous les personnages. D’un côté, Séva, ex-sniper durant le conflit yougoslave, officiellement gardien de l’entrepôt et surtout homme de main de Mario, le caïd du coin ; de l’autre Mona, ex-pute, tenancière du bar, « femme » de Mario, que Séva aime. Au milieu, Mario qui propose un dernier coup à Séva: tendre un guet-apens à Willy, un autre petit caïd qui veut empiéter sur son territoire. Aspirant à fuir cet endroit minable avec Mona et sa fille, Séva accepte. Cela se finira mal. Très mal…

Après Fête des morts, Stéphane Piatzszek livre de nouveau une histoire urbaine, violente, sèche et abrupte. Mais ce qui n’aurait pu être qu’un roman noir de plus, archétypal et efficace, est vraiment transcendé par le travail graphique de Séva (de son vrai nom Phouséra Ing, d’origine cambodgienne, marqué par la folie des khmers rouges, qu’il a raconté dans Impasse rouge puis l’eau et la terre). Un dessin d’une sombre beauté – renforcé encore par plusieurs planches sur fond noir – avec des cases semblables à autant de petits tableaux photo-réalistes retouchés, et des cadrages étonnants. De quoi faire d’une histoire universelle un album très singulier.

Noob, une série qui joue bien le jeu

Noob, tome 5: la coupe de fluxball, de Fournier et Cardona, éditions Soleil, 48 pages, 9,95 euros.

Cinq albums… en un an et demi à peine. En bande dessinée aussi, Noob tient du phénomène ! Scénarisée par Fabien Fournier, le créateur de la web-série d’origine, et toujours dessinée par le Marseillais Philippe Cardona, cette déclinaison en BD s’avère aussi sympathique et réjouissante que l’univers, devenu « culte », dont elle est issue. Et pour une production avant tout destinée à des fans (plus ou moins « captifs »), elle se maintient à un niveau tout à fait correct depuis le très réussi premier album.

Bande Annonce NOOB T.5 par SoleilProductions

J’avais un peu abandonné Sparadrap,  Gaea, Omega Zell et Arthéon, les « avatars » des quatre joueurs-héros de Horizon 1.1, ce jeu « massivement multi-joueurs » lorgnant fortement vers l’ambiance héroïc-fantasy de World of Warcraft, mais traité à la mode potache, à la manière dont le plus « mainstream » Kamelott a passé à la moulinette la quête arthurienne.

Au bout de cinq albums, donc, Sparadrap, le « noob » de l’équipe (joueur catastrophique et vrai boulet pour ses co-équipiers) l’est à peine moins. Le jeu, lui, en revanche, a progressé. Toujours en quête du mythique « niveau 100 », c’est désormais dans la version 1.3 que la Guilde Noob va tenter de décrocher la coupe de Fluxball, un sport passablement déjanté. Un objectif pas évident quand les deux meilleurs du jeu s’associent pour créer une équipe invincible… Récit long, ce nouvel album s’avère un peu moins dense que les premiers opus. Mais il conserve le balancement entre la réalité des joueurs (avec une séquence drôle et bien vue dans une « convention Horizon » en ouverture) et l’univers virtuel du jeu en ligne. Et surtout, Noob conserve ce ton complice, né d’une bonne connaissance de l’univers des MMORPG, d’une flopée de gags et d’une bonne dose d’auto-dérision. Un style bien reflété par le dessin, rond et volontiers caricatural de Carbona, et joliment rehaussé par le travail de colorisation de Florence Torta.

Et les auteurs (interviewés ici à la sortie du tome 4) se montrent tout aussi cool que leur oeuvre !

Interview de Fournier, Torta & Cardona pour la BD Noob from Sanctuary on Vimeo.


Bande Annonce NOOB T.5 par SoleilProductions

Avec Tintin, on a marché sur la thune

Une vente aux enchères d’oeuvres liées à Hergé et à Tintin, organisée à Arcturial à Paris a réalisé plus de 1,8 million d’euros de vente.

"Le Secret de la Licorne", une illustration réalisée vers 1945.

 Il n’y a pas qu’au cinéma que Tintin cartonne. Ce samedi 26 novembre,  une « vente Hergé » organisée chez Artcurial a totalisé un montant de 1.873.396 euros (frais compris). Soit largement au-dessus des estimations de la maison de vente. 

Une carte de voeux pour l'année 1954, entièrement faite par Hergé.

 Parmi les plus belles opérations,  un dessin original du « Secret de la Licorne» (encre de Chine, gouache et aquarelle de couleur) est en effet parti à 168 900 euros… au lieu des 35 000 à 40 000 euros estimés. L’effet Spielberg sans doute. Moins concerné par le film, un autre dessin original du «Vol 714 pour Sydney», estimé entre 25 000 et 35 000 euros, a quand même aussi fait une jolie culbute, en étant vendu 90 100 euros. Même résultat pour une carte de voeux de Tintin sur sa fusée, entièrement réalisée par Hergé, vendue 40 000 euros (contre 10.000 et 15 000 euros envisagés).

Mais le meilleur rapport – à ce niveau là, c’est bien sûr plus du business que de l’art – a été obtenu par la vente de  l’édition originale d’«On a marché sur la Lune», dédicacée par Hergé et par six astronautes ayant réellement mis le pied sur la lune. Une pièce, pour le coup, historique, qui a été adjugée à 100.000 euros, soit dix fois son estimation !

Une édition originale d'On a marché sur la Lune", dédicacée par Hergé et six astronautes.

En revanche, les sculptures proposées ont reçu elles, un accueil plus mitigé (toute proportion gardée) : un bronze grandeur nature représentant Tintin et Milou, est parti à 143 900 euros (estimé entre 125.000 et 150.000)  et une jarre du Lotus bleu réalisée par Jean-Marie Pigeon a été vendue 55.100 euros (dans l’estimation envisagée entre 40 000 et 50 000 euros).
C’est semble-t-il bien l’aspect « patrimonial » lié aux créations spécifiques d’Hergé qui attire les collectionneurs, plus que ce que son univers  a pu inspirer à d’autres créateurs. Encore qu’à ces prix-là, reste à voir quelle est la part de vrais « collectionneurs » passionnés et celle de spéculateurs cherchant surtout à faire une bonne opération financière.

Et dans les deux cas, on est quand même bien loin du plaisir, simple – même s’il n’est pas anodin financièrement, au vu du prix moyen d’un album – des bédéphiles.

Hervé Bourhis passe la Cinquième

Le petit livre de la Cinquième république, de Hervé Bourhis, éditions Dargaud, 160 pages, 19,95 euros, en librairie le 25 novembre.

A l’aube d’une nouvelle élection présidentielle, c’est le bon moment pour se rappeler l’histoire de notre cinquième république. C’est ce que se propose de résumer Hervé Bourhis dans ce drôle de petit bouquin, à mi-chemin de l’almanach historique et du roman graphique.
Du putsch des généraux d’Alger qui va précipiter la chute de la quatrième république parlementaire jusqu’au doigt d’honneur lancé par Henri Emmanuelli à l’adresse de François Fillon, dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, le 7 juin dernier, c’est plus d’un demi-siècle d’Histoire de France politique qui est restitué, de façon ludique.
De façon classiquement chronologique, rythmé par les années et les présidences, ce Petit livre s’inspire du Petit livre rock qui a fait connaître Hervé Bourhis, en 2007 (initiative complétée ensuite par le Petit livre Beatles). Dans un registre finalement aussi agité, mais graphiquement moins visuel, au vu des infos à distiller ici. Juxtapositions d’anecdotes, d’images redessinées à la manière de pochoirs ou d’affiches, d’applats noirs et de gros titres, ce retour vers le passé récent de notre pays s’avère très dense et fidélement documenté.
On ne lira de ce fait sans doute pas d’une traite. En revanche, par nostalgie pour les uns ou pour découvrir des épisodes inédits pour d’autres, on peut aller picorer avec profit d’un épisode à l’autre.

Se marier… à tout prix ?

Théo peut-il se marier avec sa cousine, qui n'a que 15 ans ?

Vivisection, Cisko K et Matt Dunhill. Editions Treize étrange, 128 pages, 15 euros

Trois en deux ! Ce n’est peut-être pas un record mais c’est la troisième fois en deux ans que la sœur de Théo se marie. Retrouvailles en cousins, cousines, les parents proches ou plus lointains, c’est en plus de l’échange des vœux à cela que sert un mariage. C’est aussi l’occasion de rencontrer la nouvelle belle famille et ses amis et de nouer des relations qui pourraient… peut-être. Et, pour Théo, c’est la découverte du coup de foudre ! Elle est belle, elle est intelligente et sensible au charme de ce séducteur. Le scientifique tout empli de logique cartésienne « se fait tout p’tit devant un’ poupée qui ferm’ les yeux quand on la couche ». Pris au piège le gars Théo, mais il y a un petit problème. Un tout petit problème. La demoiselle est sa cousine ; alors : on peut ou on peut pas ? Et puis, elle a à peine 15 ans; alors : on peut ou on peut pas ?
Les émois et les états d’âme d’un séducteur malgré lui. C’est un peu en voyeur que nous entrons dans l’esprit de Théo, que nous le suivons de l’enfance à l’âge adulte, avec ses copains et la statue du Commandeur, incarnée par une mère dominatrice. Une tranche de vie d’aujourd’hui, avec ses surprises, ses règles, ses incartades et ses foucades. Un récit vif et agréable.

 

L’affaire Clearstream enfin éclaircie

L’affaire des affaires, tome 4 : Justice, de Denis Robert et Laurent Astier, éditions Dargaud, 152 pages, 16,95 euros. Sortie le 25 novembre 2011.

Tout ce que vous avez jamais voulu savoir de l’affaire Clearstream sans jamais osé le demander (et surtout le comprendre), c’est un peu l’ambition de la série de l’Affaire des affaires.
Autobiographie malgré elle, thriller économique, récit judiciaire, auto-analyse du travail journalistique et des manipulations politiques, l’affaire Clearstream contée par Denis Robert s’achève avec ce nouveau volume en d’épilogue et de rappel des faits.

Ce quatrième (et dernier) album raconte donc comment Denis Robert, ayant dévoilé – ou cru le faire – le mécanisme des caisses de compensation et notamment celui de la société luxembourgeoise Clearstream, s’est retrouvé plongé dans la tourmente de l’affaire « Clearstream 2 », c’est-à-dire du scandale du faux listing de prétendus bénéficiaires de comptes dans des paradis fiscaux, dont Nicolas Sarkozy. Mis en examen, poursuivi par de multiples plaintes, jugé, l’ancien journaliste de Libération sera finalement blanchi des accusations portées contre lui.

Avec lucidité, et forcément, sa part de subjectivité, Denis Robert reprend donc ici tout le récit de ces huit dernières années, où il va avoir sur le dos « des banques, une multinationale, une vingtaine d’avocats, le Parquet luxembourgeois, un troupeau de journalistes, où (il sera) écouté et filé par la DST« , bref où il va se retrouver sans vraiment l’avoir voulu au centre d’une vraie affaire d’Etat.

 Un interminable moment d’aveuglement

Il le fait sans jouer au héros – et le dessin précis et sobre de Laurent Astier renforce cet aspect de bd-reportage au plus près de la réalité – et avec l’expression d’une grande sincérité. Un long travail de restitution tout aussi psychologique que journalistique qui comprend sa part d’amertume, celle de voir son travail d’enquête sur les dessous du monde financier (au coeur de ses ouvrages) occulté par les rebondissements successifs de cette affaire politico-financière : « En pleine crise financière, alors que la régulation du capitalisme est au coeur de tous les débats, que les Etats n’arrivent plus à régler leurs dettes, que les banquiers continuent à jouer au bonneteau grâce à leurs comptes cachés, l’Histoire retiendra que la France a appelé « Clearstream » la guerre intestine entre un président de la République et son rival. Comme un long mirage collectif, un interminable moment d’aveuglement. ». Au final, Denis Robert en tire néanmoins une conclusion volontariste et combative, le fait d’avoir pu faire « bouger le curseur en matière de liberté d’expression« , d’avoir pu quand même faire plier un géant de la finance « en se servant de sa tête, de ses mains et de ses crayons« . Et de conclure qu' »il ne faut jamais cesser d’y croire« .

En tout cas, avec cet « album des albums » de L’Affaire des affaires, on a, enfin, l’impression d’avoir compris quelque chose à cette obscure affaire Clearstream 2. Et ce n’est pas le moindre intérêt de ce roman graphique !

Emilio et ses « filles » chez Bulle en stock

Auteur des séries Les filles de l’oncle Bob  et des Enquêtes de Margot (éditions Paquet), Emilio Van der Zuiden  dédicacera à la librairie Bulle en Stock, à Amiens, samedi 26 novembre.

Adepte de la ligne claire, de vieilles carrosseries, de jolies filles, et des ambiances années 60 ou 70, Emilio Van der Zuiden s’est lancé dans la bande dessinée voilà trois ans, avec Olivier Marin, sur la série des Enquêtes de Margot. Plus récemment, toujours chez l’éditeur suisse Paquet et  dans un registre un peu similaire, il a signé Les filles de l’Oncle Bob.  Pour qui voudrait poursuivre la découverte des traits de ses jolies héroïnes, l’auteur a un blog à « double face », grand public d’un côté, plus « réservé à un public averti » avec ses pin-up de l’autre.
En tout cas,  de la matière à dédicaces, assurément…

Centaures : le retour des avions de chasse !

Une aventure qui décoiffe avec le Charles-de-Gaulle en base arrière !

Centaures, Tome 1 : Crisis, Emmanuel Herzet & Eric Loutte. Editions le Lombard, 48 pages, 11,95 euros

Les îles Amandines, un ancien DOM-TOM devenu indépendant, connaissent une grave crise politique qui dégénère en guerre civile. Les rebelles n’hésitent pas et s’en prennent à la base militaire française du lieu. Un Rafale évacuera la zone dangereuse de justesse mais il doit se poser en catastrophe en territoire hostile. Le Charles-de-Gaulle appareille pour se porter au secours des pilotes…

Depuis l’arrêt de la série de « Tanguy et Laverdure« , l’aviation française n’avait plus guère les honneurs de la BD. Avec cette nouvelle série qui démarre sur les chapeaux de roues, voici une injustice de réparée. Mêlant réalité et fiction ce premier opus nous permet, grâce à une documentation rigoureuse, de nous infiltrer dans le milieu fermé de l’aéronavale et d’assister non seulement à la vie des pilotes mais aussi à celle des marins. Un ouvrage où l’aspect technique est présent mais aussi le côté humain qui permet de s’attacher aux personnages. Décrit par le dessinateur comme « une mise en bouche » ce premier volume nous fait saliver. Un petit point pourtant risque de causer problème pour la suite. L’Elysée est mis au courant de l’affaire, ce qui est logique, mais pris par son souci de réalisme, le dessinateur a dessiné Nicolas Sarkozy. Que se passera-t-il, s’il n’est pas réélu en 2012 ? Il aurait peut-être été préférable d’inventer un Président, comme dans les séries américaines réalistes !

Une chose est sûre, ces Centaures font feu des quatre fers, voilà une BD qui décoiffe.