« Anuki » sans parole, mais non sans talent dans le Courrier picard

On a déjà évoqué, voilà quelques jours, la sortie d’Anuki, nouvel album Bd/Jeunesse des éditions de la Gouttière .

Ce samedi 1er octobre, c’est ma consoeur Estelle Thiébault qui en parle (fort bien) dans les colonnes du Courrier picard d’Amiens. Via une rencontre avec les deux auteurs, chez Bulle en Stock pour leur première séance de dédicaces, en avant-première. Côté dédicaces, ça continue encore ce samedi à Amiens, puis dans l’Oise.

« Fakir » renoue avec le BD-reportage politique

Fakir, le « journal d’enquêtes sociales », Amienois d’origine et rayonnant désormais dans tout l’Hexagone, renoue dans son nouveau numéro de septembre-octobre avec le « BD-reportage » (en plus des nombreux dessins de presse habituels dans ses pages).

En l’occurrence, une double page, intitulée « A la fin, c’est nous qu’on va gagner » (slogan gimmick de l’équipe). Cette politique-fiction imagine les dix premiers jours au pouvoir, en mai 2012 de la socialiste « Martine Hollande » (pas de prise de risque ou oécuménisme ?). Oeuvre de François Ruffin (l’âme journalistique du journal) et du dessinateur amienois Damien Cuvillier, ces deux planches conservent le côté acide et critique qui est la marque du magazine, mais le ton et l’épilogue sont plus portés à l’optimisme. L’utopie au pouvoir et l’envie d’y croire.

Si l’auteur de la Guerre secrète de l’Espace s’avère plus doué pour croquer Laurence Parisot ou Alain Duhamel que Jean-Luc Mélenchon ou le syndicaliste de Continental Xavier Mathieu, l’ensemble s’avère être une bande dessinée politique de bonne facture et une synthèse bien affutée sur les enjeux et écueils accompagnant un éventuel retour de la gauche au pouvoir.

Enfin, notons que le site internet du journal a bénéficié d’un joli lifting et s’est nettement enrichi.

La Cité me fait toujours craquer !

Cité 14, saison 2, tome 1 : Chers corrompus…,de Pierre Gabus et Romuald Reutimann, ed. Humanoïdes associés, 64 pages, 12,90 euros.

En avril, c’était avec joie qu’on avait pu saluer le nouveau départ de Cité 14, cet improbable serial animalier foisonnant et assez vite addictif. A l’aube d’une deuxième saison totalement inédite – et prévue pour s’étaler sur 6 tomes, le plaisir est toujours intact.

Dans la grouillante Cité 14 cohabitent toujours plus ou moins bien humains, animaux et extra-terrestres. Les deux héros, Hector, le castor reporter au Telegraph et Michel, l’éléphant immigrant clandestin au lourd passé sont toujours engagés dans leur lutte contre le crime et la corruption de leur ville déliquescente, mais leur situation ne s’arrange pas. Le premier est ravagé par la mort de sa femme dont il rend responsable les aliens, et le second défiguré par une maladie étrange qui le pousse à se cacher de ses amis et à rechercher une plante médicinale miracle. Autour d’eux, au fil des douze premiers épisodes, on a vu apparaître toute une faune hétéroclite : Tigerman, un super-héros pas si net qu’il veut le laisser paraître, Buster, le malfrat des bas-fonds, Bambell, le magnat redouté de la cité – qui a donné son nom à la tour immense où se déroule une partie de l’intrigue – Vanita, la jolie caniche éprise de Michel et en pleine dépression ou Tux, l’extra-terrestre aux fausses allures de poulpe.

On retrouvera une partie de personnages dans ce premier épisode, toujours aussi fantaisiste et labyrinthique. On peine donc toujours à comprendre les enjeux et saisir les fils multiples de l’intrigue, mais si les destins paraissent toujours aussi obscurs, les caractères s’affinent et gagnent en profondeur. Quand au style graphique, la plume de Romuald Reutimann joue toujours aussi bien sur les codes rétro, avec un égal dynamisme.

Bref, on est encore loin d’avoir fait le tour de la cité. Mais, ici aussi, l’important n’est pas l’aboutissement, mais bien le plaisir pris en chemin ! Et il ne faiblit pas…

Quand au prochain tome, début novembre, rien que le titre met l’eau à la bouche : Du chavoulch dans le resplandado !

Enfin, pour ceux qui auraient raté le début, les Humanoïdes Associés sortent aussi cet autome un coffret des quatre premiers tomes de la première saison.

Cléo, la nouvelle femme extraordinaire de Fred Bernard

CLEO de Fred Bernard, Marabulles (editions Marabout), 160 pages, 9,90 euros.

Cléo, de Fred Bernard, est une « fausse nouveauté » de cette rentrée. Il y a an, l’album paraissait chez Nil éditions. Mais sa pré-publication en feuilleton estival dans Libération m’avait laissé assez indifférent (et pour tout dire, j’avais vite abandonné) et pas incité du tout à me plonger dans l’ouvrage. Si le découpage au quotidien ne fonctionnait pas – pour moi au moins –  c’est sur la durée et la longueur que le charme agit. Sa ré-édition chez Marabout offre l’occasion de rattraper l’erreur de jugement initial.

Ici, comme avec ses précédentes héroïnes, pétillantes et romanesques, Jeanne Picquigny ou Lily Love Peacock, Fred Bernard – dans un tout autre registre que ses ouvrages Jeunesse où sa réputation n’est plus à faire – réussit encore à donner vie à une femme particulièrement crédible et attachante.

Au premier abord, Cléo est loin des aventurières ébouriffantes qui nourrissaient les récits précédents. Au coeur de ce roman graphique en noir et blanc Elle, c’est une « jeune femme prétendument ordinaire« ,  jeune parisienne assistante de production à la télé, pas encore trentenaire, « pas la plus belle, mais pas mal quand même« , pas sotte, mais disant des bêtises, pas folle mais faisant des sottises, ayant l’impression d’avoir fait le tour en amour mais recherchant toujours le prince charmant. On la suit dans ses soirées entre copines et ses introspections sentimentales – voire carrément sexuelles – le tout entrecoupée de digressions entre l’Egypte antique dont étaient fans ses parents et le Japon fantasmé auquel elle aspire aller. Une jeune femme « comme tant d’autres« , qui devient unique sous le trait, souple et relâché de son créateur. Soutenu par une voix off qui accompagne tout le récit, un portrait intime et onirique, cru parfois et sensible toujours, qui sonne juste.

Si, plus court, le nez de Cléopâtre eut pu changer la face du monde, les quelques « kilos en trop » de cette moderne Cléopâtre-ci  la rendent encore plus craquante et séduisante.

Omaha Beach, de Airborne 44

Airborne 44, T. 3 – Omaha Beach, Philippe Jarbinet. Editions Casterman, 48 pages ; 11,95 euros
1938, Gavin, un jeune américain est en vacances avec ses parents sur la côte normande. Un retour aux sources : c’est le pays de sa mère, ce sera aussi la découverte du grand amour avec Joanne. Physique puis épistolaire, leur relation ne faiblira pas un instant. Six années plus tard, Gavin revient en Normandie. Omaha Beach n’est qu’à quelques km de distance de la maison de Joanne dont il n’a plus de nouvelles mais les parasols ont fait place aux bunkers et les touristes appartiennent à la Wehrmacht…
Un dessin d’une rare élégance et d’une grande pureté, telle est la marque de fabrique de Philippe Jarbinet. Ses fans seront comblés, une fois de plus la qualité est au rendez-vous. Ce que l’on pourrait reprocher à cet album se trouve dans une certaine faiblesse du scénario. Il est vrai qu’innover dans un événement historique aussi connu que « le Débarquement » n’est pas chose facile. Mais, hormis l’histoire d’amour, fort bien décrite par ailleurs, on reste dans les stéréotypes et un certain manichéisme primaire, les gentils Yankees face aux méchants nazis, ou ne serait-ce pas qu’après presque 70 années de service, le thème de la Seconde guerre est en voie d’épuisement ? Cependant l’on se prend de sympathie pour Gavin et l’on désire savoir ce qui va lui arriver…

L’affaire DSK déjà en BD !

Si les Américains font fort, en mettant en scène l’affaire DSK dans un épisode de la série télé policière New York Unité spéciale,  en France, on ne fait pas mal  non plus, avec une première adaptation du feuilleton mondial de l’été en bandes dessinée !

C’est un jeune auteur de webcomics lillois, Mast, qui en s’est chargé. Et plutôt avec talent.

Le style est certes parfois un peu improbable et les différents protagonistes pas forcément toujours bien reconnaissables. Mais l’ambiance générale, restituée dans un long strip vertical rehaussé de grosses trames plonge incontestablement dans l’ambiance des comics US. Et le scénario et la mise en scène sont aussi inventifs que bien informés. Plutôt que de reprendre bêtement la chronologie de l’affaire, tel que tout le monde la connaît, Mast la retranscrit du point de vue de l’équipe de procureurs en charge du dossier. On ne verra donc pas les faits s’étant déroulés dans la suite 2806 du Sofitel de New York. Mais cette vision des coulisses judiciaires de l’affaire emporte l’adhésion. Tout comme son épilogue, emprunté à Caligula, d’Albert Camus : « Le mensonge n’est jamais innocent. Et le vôtre donne de l’importance aux êtres et aux choses. Voilà ce que je ne puis vous pardonner. » Plutôt bien vu. Non ?

A découvir en ligne, et gratuitement sur le blog collectif des héros ordinaires.

L’enfer, c’est aussi les autres pour le héros de Brunschwig et Hirn

CAR L’ENFER EST ICI, t.1 : 508 statues souriantes, de Luc Brunschwig, Laurent Hirn et David Nouhaud, ed.Futuropolis, 56 pages, 13 euros.

Quatre mois après la sortie des Enfants de Jessica – première suite du Pouvoir des innocents, une décennie plus tard et centrée sur Jessica Rupert – Car l’enfer est ici s’inscrit plus immédiatement dans la suite des événements de la série initiale, et s’attache particulièrement au destin de Joshua Logan, l’homme le plus haï des Etats-Unis, accusé à tort d’être l’auteur du fameux attentat du 4 novembre 1997, qui fit plus de 500 victimes à New York.

Après six mois de fuite à travers l’Amérique, on le retrouve décidé à se rendre, afin de prouver son innocence et de dévoiler le complot « pour la bonne cause » et suicidaire dont a bénéficié – malgré elle – Jessica Rupert pour devenir maire. Une tâche aussi difficile que dangereuse pour un prisonnier devenu une cible pour ses co-détenus, tandis que son avocat est lui-même pris à partie. Et que son retour devient un enjeu de pouvoir pour la mafia et les opposants à la politique démocrate de la nouvelle élue municipale…

Tout comme dans l’autre séquelle – et plus encore, peut-être – les coulisses de la vie politique américaine se dévoilent sous leur aspect le moins ragoûtant. Sans manichéisme, et en continuité avec le cycle initial, Luc Brunschwig confronte les stratégies et les a priori, pointe le rôle des médias et les dessous de la justice, le tout en multipliant les points de vue.

Côté dessin, Laurent Hirn n’assure, ici, que la « mise en scène », mais David Nouhaud, qui assure dessin et couleur, s’inscrit de façon assez impressionnante dans le trait de son prédécesseur, assurant une continuité graphique impeccable entre les trois séries.

Placé en « surplomb » – de part sa connaissance de la réalité des événements passés – le lecteur n’en reste pas moins ici collé aux développements de l’intrigue, narrés en chapitres chronologiques. Et le fait d’avoir également connaissance de l’avenir proche, via les Enfants de Jessica (Jessica Rupert promue Secrétaire d’Etat en 2008… tandis qu’un groupe d’extrême droite fait la loi dans la rue) renforce encore l’intérêt de cette série-ci. Tout comme la curiosité de voir comment Brunschwig va parvenir à mener sa barque et relier, une fois encore, tous les fils disparates de cette histoire parallèle de l’Amérique contemporaine.

Une lecture vraiment interractive avec les SnOOp bOOk

Un drôle de mot pour de drôles de livres.

« Interactif et immersif », le « SnOOp bOOk » débarque. Certes, il  ne s’agit pas de bande dessinée, plutôt une sorte de renaissance des fameux « livres dont vous êtes le héros » qui connurent leur heure de gloire dans les années quatre-vingts. Mais c’est le projet d’adapter en BD le Cluedo qui est à l’origine de la collection – à laquelle collaborent aussi plusieurs auteurs et scénaristes de Soleil, comme Nicoloff ou Melanyn.

Il s’agit ici encore de s’identifier pleinement au personnage principal de l’aventure. Cette fois en lisant son «carnet intime », truffé de documents et d’indices disséminés dans des pochettes au fil des pages (pensés comme une version papier des liens hypertextes sur un site web). À la fin, le dénouement de l’histoire est sous scellés, l’enjeu étant de découvrir l’énigme avant d’avoir à décacheter l’enveloppe.

Les trois premiers récits, fortement typés et ciblés, suivent une fan d’un groupe de rock menacé par un grave danger, une enquête policière dans le milieu geek et la jeune survivante d’une expédition spatiale redécouvrant une Terre vidée de sa population.

Beaux ouvrages joliment édités, très ludiques, avec des intrigues bien tenues et d’une facture soignée, ces « bouquins de fouineurs » ont de quoi séduire les ados. Les filles apprécieront Chloé and the dark light – confirmation après lecture critique par un membre du coeur de cible – les garçons aimeront Geek Battle… et tous, voire leurs parents, le sombre Mission M’Other, co-écrit par le grand auteur de SF français Pierre Bordage.

Une expérience de lecture nouvelle et très « fun ». Et une façon de relier le book à la génération facebook…

Anuki, un indien en balade en Picardie

ANUKI, t.1 : la guerre des poules, Frédéric Maupomé, Stéphane Sénégas, Editions de la Gouttière, 34 pages, 9,50 euros.

Anuki fait son entrée dans la famille des Editions de la Gouttière. La maison amiénoise publie en effet en cette rentrée un joli petit album de bande dessinée jeunesse, récit muet mais très parlant sur les mésaventures d’un petit indien confronté à un ours, un sanglier ou des poules qui lui font bien des misères.
Un album « coup de cœur » qui, à l’inverse des précédents livres (comme La carotte aux étoiles ou l’historique Cicatrices de guerre(s) n’a pas été fait à l’initiative de l’éditeur, mais s’avère être le fruit d’une proposition spontanée des deux auteurs, Frédéric Maupomé et Stéphane Sénégas, tous deux vivant dans le Sud Ouest (respectivement à Toulouse et dans le Tarn). Stéphane Sénégas, formé à l’école Emile-Cohl de Lyon ayant déjà aujourd’hui derrière lui une quinzaine de livres jeunesse.

Les planches, avec leur dessin fin et un peu cartoon, tout comme l’histoire, très vivante, drôlatique et attendrissante, ont emballé l’équipe. Pensé comme le premier d’une série, l’album n’attend donc plus que de nombreux lecteurs afin de se perpétuer.  Il a, de fait, de quoi séduire un large lectorat, enfantin, familial et même parmi les adultes, amateurs de joli graphisme.

La sortie en librairie est fixée officiellement au 14 octobre, mais les deux auteurs seront en Picardie le week-end prochain : Vendredi 30 septembre (de 15 heures à 19 h 30) en dédicaces chez Bulle en Stock, à Amiens, puis samedi 1er octobre de 10 à 12 heures chez Pages d’encre – toujours dans la capitale picarde – Avant une table ronde à Fosseuse, dans l’Oise, à 15 heures, dans le cadre du projet BD Bus en fête de la médiathèque départementale de l’Oise (manif qui se paye, cette année, soit-dit en passant une affiche signée Lewis Trondheim). De quoi acclimater le petit indien aux plaines picardes…

 

Les anges continuent à mordre la poussière

LA POUSSIERE DES ANGES, Damien Marie et Karl T., éditions Vents d’Ouest, 48 pages, 9,95 euros.

On avait découvert Anthon’ et Anne, dans la Cuisine du diable, enfants dans la mafia new-yorkaise au début des années 30. La suite du destin des jeunes amoureux (paru depuis un mois) est tout aussi tragique. On retrouve Anthon’ en 1945 à Los Angeles, pas franchement très frais malgré des signes de réussite évidente dans la cité des anges et des mirages. Ce premier album du nouveau diptyque aborde, dans un grand flash-back une étape encore new-yorkaise, en 1937. La prohibition est terminée, les familles de la mafia se sont restructurées et trouvé un nouveau débouché dans les jeux clandestins. Toujours au service du boss Big Bugsy, Anthon va se retrouver au coeur d’une guerre des gangs entre la bande à Dutch Schutz et la machiavélique Queen de Harlem. Anne, tenue par le clan de Bugsy par l’enfant qu’elle a eu suite au viol qu’elle a subi du fils (assassinée) de « Big B », junkie désespérée, sera la victime collatérale et innocente du conflit…

Toujours aussi sombre, le scénario du Normand Damien Marie (dont on attend le mois prochain la suite et fin de Back to Perdition) est sans pitié pour ses héros, étonnamment dense au vu de sa pagination, cette nouvelle aventure replonge pleinement dans l’univers de l’Amérique d’avant-guerre. Le dessin, réaliste et fouillé – mais parfois un peu approximatif sur les personnages – du dessinateur nordiste Karl T, est au diapason du climat de violence extrême dans lequel baigne l’histoire.