Dofus millionnaire !

Dofus manga fête son millionième exemplaire vendu en ce mois de mai 2011. Dix ans tout juste après sa création, un anniversaire qui mérite d’être salué pour la boîte nordiste Ankama.

Dofus, c’est bien sûr d’abord – et cela reste –  un jeu MMORPG soit un jeu en ligne associant des milliers, voire, plus de joueurs, dans un univers et des aventures d’héroïc-fantasy qui le rapproche du l’emblématique World of Warcraft, en plus juvénile et avec aussi beaucoup plus d’humour dans la caractérisation des personnages.

L’aventure d’Ankama a aussi tout de la success story qu’on imagine mieux dans la Silicon Valley que dans la banlieue lilloise… Pourtant,  la société roubaisienne fondée par les trois jeunes amis Camille Chafer, Emmanuel Darras et Anthony Roux, c’est dix ans après sa création, plus de 450 personnes réparties entre Roubaix, Paris et Tokyo, qui font aussi de  la vidéo, des dessins animés, des produits dérivés… et de l’édition (non sans logique). Ce dernier département se consacre à produire de jolis artbooks (que la société distribue généreusement aux participants à ses conventions), un magazine et des adaptation en mangas.

Et en ce mois de mai 2011, Ankama célèbre son millionième exemplaire de manga vendu, en se félicitant d’être l’éditeur de manga le plus lu en France.

Un Yen, deux héros, trois débiles masqués

Pour l’occasion, la sortie du numéro 15, le Yen intrépide (par Ancestral Z et Mojojojo, 224 pages, 6,40 euros) attendue pour le 26 mai, va s’accompagner d’une édition spéciale strictement limitée à 15 000 exemplaires (et 7,90 euros). Avec une « luxueuse jaquette
alternative inédite », des autocollants repositionnables pour la customiser, et une
carte de loterie  offrant aux joueurs la « panoplie o’poil » !

Et pour tout le monde, voici un résumé de ce nouvel épisode, qui donne un bon aperçu de l’ambiance déconnante de ce petit monde très sympathique : « Alors que Dodge a enfin retrouvé les faveurs d’Ecaflip et vogue vers le royaume des morts avec son nouveau pote Ejipe, Arty et Goultard ont choisi de faire les malins et de voyager à dos de Kralamoure… Le temps de réaliser qu’ils se sont totalement paumés au coeur d’une contrée inhospitalière, et notre duo commence à déchanter. La rencontre avec trois débiles masqués n’est pas non plus pour les rassurer… Mais où sont-ils tombés ? Sur le territoire d’une civilisation cachée de montagnards : les Zobals. L’occasion pour eux de faire un petit peu d’anthropologie : que se passe-t-il quand un Zobal masqué est gravement offensé ? Il demande réparation en provoquant une bonne baston, pardi ! »

Un univers éditorial lui-même en extension. A côté de la série principale se développent ainsi  la série DOFUS Arena, qui entraîne le lecteur à la découverte de l’univers des gladiateurs et des coachs du jeu de combat stratégique en ligne et, plus intéressante, la collection  DOFUS Monster, autour des principaux monstres issus du jeu de rôle. A chaque fois, un auteur différent livre une histoire complète, qui fait découvrir un nouveau monstre. Un espace d’expression pour les auteurs confirmés et un tremplin
pour de jeunes auteurs.

Une vraie balade au coeur d’un album

Il est assez rare de pouvoir évoluer au coeur d’un album de bande dessinée. C’est ce que propose le Familistère de Guise, ce 1er mai.

Dans le cadre de sa désormais traditionnelle journée de festivités organisée en ce jour de fête des travailleurs, le centre muséal de l’Aisne organise une visite guidée des scènes de crime de De briques et de sang,  paru à l’automne chez KSTR (le label innovant de Casterman) et qui se déroule justement dans le palais social de Jean-Baptiste Godin.

Pendant une heure, il sera possible de voir la piscine-lavoir, les combles ou le jardin où se produisent les meutres qui parsèment l’album de David François et Régis Hautière.

Pour cela, il faudra s’inscrire à la tente accueil. Et, dans la limite des places disponibles, les départs sont prévus à 11 heures et 15 heures, au départ de la serre du jardin d’agrément. Et la visite pourrait, peut-être, même avoir lieu avec les deux auteurs…

Les super-poilus de 14-18 sont de retour

LES SENTINELLES, t.3: YPRES de  Xavier Dorison et Enrique Breccia, ed.Delcourt, 64 pages, 14,95 euros.

Printemps 1915, la guerre s’enlise dans la boue des tranchées. Malgré l’apport de Taillefer, le brillant chercheur Gabriel Féraud devenu super-soldat d’acier mu par une pile au radium, qui avait sauvé la mise en 1914 du côté de la Marne, les Français sont bloqués. Alors que le désespoir gagne le front, une deuxième sentinelle fait son apparition : le comte Hubert de Clermont, alias Pégase, doté d’ailerons d’acier et filant dans les airs à plus de 100 secondes chrono. Mais de leur côté, les Allemands aussi ont mis au point un super-combattant « Übermensch » – dont la première apparition, en contre-plongée pleine page (planche 24) s’avère effectivement des plus impressionnantes…

Mais une autre nouvelle arme, moins « romanesque » fait aussi son apparition en cette deuxième année de la guerre, lancée elle aussi par les Allemands : le gaz, mis au point par le chimiste Fritz Haber (qui, après la monumentale série de David Vandermeulen, fait un petit passage dans cet album également). C’est dans ce contexte dantesque que l’affrontement entre ces supers-héros de la Grande Guerre aura lieu, en avril 1915 à  l’issue d’une mission-suicide, à Ypres, en Belgique. Sinistrement connue depuis pour avoir été, vraiment, le premier lieu où il a été fait usage de gaz de combat.

Uchronie légère, intégrant un zeste de fantastique et de SF dans un univers historique par ailleurs très bien balisé, cette série, classique, de Xavier Dorison et Enrique Breccia (le dessinateur argentin, fils du célèbre Alberto Breccia) au dessin se poursuit agréablement en tenant fort bien ces deux pôles de l’intrigue. En penchant plus, dans ce nouvel album, vers la tonalité des « comics » avec le classique duel final, mais tout en conservant la note sombre, voire misanthrope qui baigne cette histoire depuis ses débuts.

Taillefer, le super-soldat français va se voir confronté à une sévère opposition...

La suite se déportera du côté du front d’Orient, puisque le prochain album devrait se dérouler dans les Dardanelles… En attendant, peut-être, un album sur fond de Bataille de la Somme…

Ticket gagnant à la loterie napoléonienne

POUR TOUT L’OR DU MONDE, t.1: Impostures, Hautière et Grand, ed. Quadrants/Soleil, 48 pages, 14,30 euros.

Nouvelle série pour le scénariste amienois Régis Hautière, et nouvel univers. C’est cette fois au crépuscule de la seconde république, en 1850, à la veille du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte que se situe l’intrigue de Pour tout l’or du monde.  C’est d’ailleurs le désir du président en fin de mandat de rétablir l’empire à son profit qui est au coeur de l’histoire. Pour se faire, le chef de l’Etat imagine une grande loterie du Lingot d’or. Alors qu’on vient de découvrir des filons du précieux minerai en Californie, le jeu permettra de financer le voyage jusqu’en Amérique pour tous les gagnants… dont, va s’assurer Louis-Napoléon Bonaparte, la plupart de ses opposants et autres gêneurs qui pouraient lui barrer la route vers un pouvoir personnel.

Stanislas de Rochebourg, étudiant en minérologie, n’a pas franchement le profil de l’opposant politique acharné. Mais après une rencontre avec le journaliste Thibault Marsan et pour les beaux yeux de Fanny, une jeune fille croisée par hasard au parc du Luxembourg (du moins le croit-il…), il va se retrouver embarqué par cette sombre machniation et ces « impostures » napoléoniennes qui, telles des poupées gigogne, peuvent en cacher encore d’autres.

Dans ce premier album, classiquement, on en est encore surtout aux séquences d’exposition. Et le grand voyage outre Atlantique est pour plus tard. En revanche, la narration est déjà bien dense, ne manque pas de rebondissements (ni de clin d’oeils aux feuilletons de l’époque) et se permet même quelques audaces scénaristiques en faisant mourir quelques uns des protagonistes (mais chut…).

C’est à Alain Grand, qui avait jusqu’ici surtout publié pour la jeunesse chez Milan, qu’est revenu la tâche de mettre en images cet épisode assez méconnu de l’Histoire de France. Il y parvient avec talent, avec un dessin semi-réaliste et un style classique soignés et bien en phase avec l’univers de la série. Pour l’heure, ce premier tome a tiré le bon ticket !

La deuxième planche de l'album

Bettencourt toujours

TOUT LE MONDE AIME LILIANE, de Laurent Léger et Riss, ed. Les Echappés/Charlie Hebdo, 64 pages, 14 euros.

Le dessinateur de Charlie Hebdo Riss fut l’un des premiers à se lancer dans le genre de la « BD-Enquête », avec sa Face karchée de Sarkozy (avec Philippe Cohen et Richard Malka).

Cette fois, c’est avec le journaliste (et collaborateur également de Charlie Hebdo) Laurent Léger (auteur de livres d’enquêtes, mais sans BD, sur les trafics d’armes, Cécilia Sarkozy, Bernard Tapie ou Claude Chirac), et sous l’égide de la maison d’éditions de l’hebdo satirique, qu’il s’attaque au récit de l’affaire Bettencourt. Sujet incontournable et ô combien romanesque.

Si Tout le monde aime Liliane, comme proclame le titre, c’est aussi le cas des deux auteurs, qui décrivent une ancienne pauvre petite fille riche qui tint plutôt bien son rang et ses affaires, avant de tomber sous la coupe d’un prédateur, en l’occurence François-Marie Banier.

Epousant la thèse d’une manipulation de la milliardaire par son entourage, l’album se montre particulièrement cinglant avec le photographe mondain – et le trait, volontiers outrancier, de Riss en rajoute encore dans le portrait à charge. Au point d’ailleurs que le livre se termine sur une pleine page de « mise au point » ou Banier, « qui reconnaît bien volontiers le caractère humoristique et caricatural des situations décrites dans la bande dessinée », souhaite quand même porter à la connaissance des lecteurs son point de vue sur de nombreux faits évoqués quelques pages avant.

Ceci étant, il n’est pas seul à à prendre pour son grade. Patrick de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, que le grand public découvrit à cette occasion, à droit également à quelques pages assassines.

WOERTH – DROOPY à la peine

Autre personne à ne pas être trop ménagée, un ton en dessous – mais plus proche de la Picardie  : Eric Woerth. Apparaissant tout d’abord sous les traits de « Droopy », avec son regard de chien battu, l’ex-ministre du Budget, voit rappeller, au fil des pages, son rôle comme argentier de l’UMP (l’album s’ouvre d’ailleurs sur un voyage à Genève en mars 2007 effectué par les couples Woerth et Devedjian), ses actions  – ou absence d’actions – à Bercy et jusqu’à l’affaire de la vente de l’hippodrome de Compiègne…

Au final, nulle révélation sur le scandale politico-financier qui fit tanguer le pouvoir l’an passé dans cet album, mais un utile rafraîchissement sur les divers épisodes de l’affaire et une synthèse étonnamment limpide d’un dossier particulièrement opaque. Et toujours pas refermé.

Marx attaque en manga

LE CAPITAL, deux tomes, Karl Marx, ed. Soleil Manga/Démopolis, 192 p. 6,95 euros.

Après le pape (ou plutôt avant) Karl Marx ! Décidément le manga se prête à tout. Dans ce diptyque qui a connu un beau succès au Japon (40 000 exemplaires vendus par Variety ArtWorks/East Press depuis la parution en décembre 2008), il n’est pas question d’une adaptation littérale du Capital, l’oeuvre maîtresse de Marx et Engels.

Cette approche de manga « à l’européenne » (c’est-à-dire dans le sens de lecture européen)  a été revue et adaptée par les éditions Demopolis, jeune maison spécialisée dans les ouvrages politiques, et préfacée par Olivier Besancenot (plutôt sobrement et efficacement soit dit en passant).

Vulgarisation efficace

Dans le premier tome, c’est à travers une histoire, volontairement édifiante, d’un fabricant de fromages de chèvres du milieu du XIXe siècle que se dévoilent les notions fortes de « marchandise », de « force de travail », « d’exploitation » ou de « valeur ». Robin vend donc au marché les fromages qu’il fabrique avec son père à la ferme. Mais un financier vient lui faire miroiter la possibilité d’étendre sa production. Par désir d’avoir plus d’argent (et en souvenir de sa pauvre mère morte faute d’avoir pu acquérir des médicaments), le fermier accepte. Il acquiert une fabrique, embauche des ouvriers, augmente les cadences, rationnalise la production et commence à connaître les affres du système…

Dans le deuxième tome, plus théorique, Friedrich Engels lui-même (qui a achevé l’oeuvre de Marx) vient commenter la suite de la marche des affaires de Robin et ses déboires, développant le concept de la « plus value », évoquant la recherche effrénée du profit et les contradictions, notamment en terme de crises de surproduction, que cela entraîne. Et la nécessité de mettre fin à un tel système aberrant.

Un exercice de vulgarisation qui, avec toutes les limites du genre, est une sorte de petit exploit. Graphiquement pauvre, l’adaptation en bande dessinée se montre efficace.

A l’heure ou le capitalisme se débat dans une nouvelle crise majeure et où l’on en vient même dans les plus hautes sphères à remettre en cause (du moins en discours) certaines de ses plus récentes déviances, il est tout  a fait d’actualité de revoir ses fondamentaux en la matière. Ces deux petits livres y contribuent bien à leur manière.

Stendhal et Hugo en mai

A noter qu’il ne s’agit pas, pour Soleil Manga, qui édite les albums, seulement d’une brusque poussée de gauchisme echevelé. Sont déjà annoncés, à paraître en mai deux autres mangas « classiques », « adaptation du patrimoine littéraire mondial ». A savoir Les Misérables de Victor Hugo et Le Rouge et le noir de Stendhal.

Avec l’objectif affiché de développer deux axes :  l’adaptation d’oeuvres littéraires et celle d’oeuvres de réflexion, en publiant « des manga de vulgarisation d’oeuvres très connues de la littérature mais d’approche difficile et, d’autre part, de donner aux lecteurs
curieux une vision manga d’oeuvres qu’ils ont déjà lues dans le texte ». Avec un nouveau support apte à sensibiliser un public ado, notamment, à ces épopées littéraires majeures.

Billes en tête

UN SAC DE BILLES, tome 1/2, de Kris et Vincent Bailly, ed.Futuropolis, 64 pages, 16 euros.
Adepte des récits autobiographiques et/ou à implication historique (Toussaint 66, Les coupures irlandaises, Un homme est mort), Kris se lance pour la première fois dans l’autobiographie… d’un autre. Et pas n’importe qui, puisqu’il s’agit du roman à succès de Joseph Joffo, Un sac de billes, paru en 1973 et vendus aujourd’hui à plus de 20 millions d’exemplaires à travers le monde.  Et justement, tout le monde (ou du moins pas mal de monde, dont je suis) a lu ce roman contant les péripéties de « Jo » et de son frère Maurice, deux jeunes enfants juifs que leurs parents envoient fuir en zone libre, en 1942. Un long chemin à travers la France occupée parsemé de rencontres, plus ou moins bonnes et tragiques…

L’ouvrage avait fait l’objet d’une première adaptation en bande dessinée dans les années 1980, pas entièrement satisfaisante. L’initiative de cette nouvelle tentative est le fait de Kris, qui s’est fendu d’une longue lettre au romancier pour le convaincre. Chose apparemment bien faite.

Ici, Kris retrouve Vincent Bailly, son dessinateur de Coupures irlandaises dont le trait – faisant un peu songer à Baru – s’avère fort bien adapté pour relater les péripéties de ces deux jeunes enfants juifs, fuyant la déportation et devant franchir la ligne de démarcation. L’émotion et la fraîcheur du livre ressortent intacts et joliment mis en valeur dans cette première partie de ce diptyque, appelé selon les voeux de l’auteur à se poursuivre par l’adaptation de la suite (Baby-foot) et de la préquelle (Agates et calots) de cette histoire.