Une centrale nucléaire, un dictateur : Spirou et Fantasio ne vieillissent pas

Les deux journalistes Spirou et Fantasio, et leur fidèle écureuil Spip,partent enquêter dans le Finistère avec leur jolie amie Ororéa. Difficile d’enquêter sur la centrale nucléaire de Berniliz. Des truands tentent de s’emparer du Thyrinium 2000, un produit transuranien expérimental, dix mille fois plus puissant que le plutonium. Et l’Ankou, cet annonciateur de la mort qui les y aide, mu par sa haine « syndicale » de la centrale qui, soupçonnée de multiplier la mortalité en Bretagne, « dégrade ses conditions de travail » ! On est alors en 1976. Trois ans plus tard, en 1979, les deux reporters décident d’enquêter sur le Gatung, État indépendant totalement fermé au monde. Il est dirigé par un dictateur et tire des revenus colossaux du trafic de drogue avec la mafia pour l’Asie. Seule brèche de cette forteresse : une livraison d’armes. De mésaventures en pièges divers, Fantasio est contraint de jouer le rôle de l’inspecteur général de la mafia : surveiller Kodo, le tyran. La guérilla fait rage… Mais nos amis tendent un piège à l’autocrate en lui faisant livrer, à la place des munitions attendues, des haricots ! Histoire de nourrir le peuple exploité et terrorisé.


Spirou et Fantasio, 1976-1979, aux éditions Dupuis, 176 pages en couleurs et quelques crayonnés inédits, 19,95 euros.

Spirou et Fantasio, 1976-1979, aux éditions Dupuis, 176 pages en couleurs et quelques crayonnés inédits, 19,95 euros.



Un visionnaire géopolitique


Les éditions Dupuis ne pouvaient pas savoir, en rééditant ces trois albums signés Fournier, de 1976 à 1979, qu’à la sortie de l’intégrale le 4 mars dernier, elle tomberait en pleine actualité. La question nucléaire ressurgit sur la place politique depuis le séisme et le tsunami au Japon. Or quand est paru L’Ankou, ce personnage est immédiatement devenu l’emblème des antinucléaires bretons. Il a valu à Fournier l’étiquette de dangereux gauchiste, et à vrai dire quelques ennuis avec les éditions Dupuis. Il le raconte aujourd’hui avec espièglerie dans le prologue de l’ouvrage grâce auquel la maison d’édition se montre très fair-play.


Nul besoin de dessin pour faire le rapprochement entre Kodo le tyran et ce qui se passe dans le monde arabe, même si le décor est plus asiatique – les années 70 aidant – et que l’Amérique latine et Cuba peuvent tout autant s’y retrouver. Fournier s’est, là encore, posé en visionnaire géopolitique, avec toute la légèreté pétillante qu’offrent le dessin et l’humour propres à Spirou et Fantasio.


Spirou et Fantasio, 1976-1979, aux éditions Dupuis, 176 pages en couleurs et quelques crayonnés inédits, 19,95 euros.


 

« Cicatrices de guerre » à Verdun

On parlait, précédemment, de Cicatrices de guerre. Sorti en novembre 2009, il connaît en ce printemps 2011, une nouvelle actualité – et une forme de reconnaissance – avec quatre mois d’exposition au Centre mondial de la paix de Verdun, dans la Meuse.

Présentée en partenariat avec l’association « 14-18 Meuse », la présentation de l’exposition picarde des éditions de la Gouttière s’est accompagnée, la semaine passée, d’un déplacement de six de ces auteurs pour une table-ronde autour de l’album.

Après la mise à l’honneur de l’album régional à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, fin 2009 et printemps 2010, la boucle est bouclée des grands lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale.

Sortie de Crise

Pochette d'album du groupe SupertrampDes nouvelles du nouveau projet d’album des éditions de la Gouttière.

On avait évoqué le projet voilà près de neuf mois. Il se confirme bien. Les éditions de la Gouttière, émanation de l’association On a marché sur la bulle, prévoient de réaliser un nouvel album collectif avec une vingtaine d’auteurs régionaux picards sous le titre La crise, quelle crise ? (clin d’oeil hommage à l’album du même nom de Supertramp). La sortie est programmée pour novembre 2011.

Parmi les dessinateurs, on devrait retrouver la plupart de ceux ayant déjà collaboré à Cicatrices de guerre. Côté scénaristes, sont de la partie aussi Kris (qui travaillera avec l’Amienois Damien Cuvillier) ou l’auteur bien connu des lecteurs du Courrier picard Dominique Zay.

Réédition d’un classique de la bande dessinée érotique : la Survivante toujours bien vivante

Seul survivante dans un monde post-apocalyptique, déshumanisé, mais où les sens restent toujours en éveil…  Vingt-cinq ans (déjà !) après, La survivante de Paul Gillon bénéficie d’une ré-édition intégrale chez Drugstore.

Dans un futur proche, une femme bloquée dans une grotte souterraine survit à une explosion atomique. De retour dans un Paris désert, elle découvre que tous les hommes ont  disparu. Après la peur et le découragement, elle retrouvera une certaine euphorie à profiter des plaisirs subsistants dans la capitale… notamment ceux que lui procurera Ulysse, robot-majordome. Aude est la survivante. Et l’une des fortes héroïnes de la bande dessinée érotique des années 80.

Le personnage créé par Paul Gillon – « Picard » d’adoption depuis son installation dans son petit château d’Ignaucourt, à une trentaine de kilomètres d’Amiens – bénéficie en ce mois de mars d’une réédition « intégrale » chez Drugstore. Album réunissant les quatres tomes qui s’étaient égrénées de 1985 à 1991 (avant une précédente intégrale sortie en 1995).

De quoi permettre à une nouvelle génération de redécouvrir ce classique du 9e art, et un dessinateur à l’apogée de son talent.

Marqué plus que marquant

LA BOUSSOLE, de Sévérine Lambour et Benoît Springer, ed. Quadrants / Soleil, 120 p. 17 euros.

Mieux que Médium ! Alors que Patricia Arquette dans la célèbre série TV se contente d’avoir des visions nocturnes et de communiquer avec les morts, Dan, le héros involontaire de La boussole, lui, voit apparaître sur son corps des stigmates, similaires à celles des victimes de kidnapping ou d’enlèvement lorsqu’il en est proche.

Résolument original dans son approche du polar, le récit de Séverine Lambour à l’intelligence de ne pas s’apesantir sur les causes de cette stupéfiante particularité. Les trois petits récits qui forment ce one-shot s’inscrivent plus dans l’action de l’enquête visant à retrouver trois jeunes disparus. Un effet répétitif – qui, là encore, fait songer aux séries télé policières qui peuplent nos écrans – qui donne un ton et une ambiance pas désagréable.

On peut en revanche déplorer, dans le rythme, que la plus forte histoire soit la première et que la dernière, plus banale et faible, achève l’album sur une petite déception. Mais le dessin de Benoît Springer, par son authenticité, rattrape le coup. Bref, un petit format qui garde son cap et ne perd pas la boussole. C’est déjà ça.

De nouvelles briques à l’édifice

David François et Régis Hautière retourneront à Guise, au Familistère et avec une expo, le 1er mai prochain.

Des ventes estimables et des expos. Plus de six mois après sa sortie, De briques et de sang fait toujours l’actualité.

De briques et de sang continue son petit bonhomme de chemin. Le one-shot de Régis Hautière et David François sur le Familistère de Guise chez Casterman en est aujourd’hui à son troisième tirage et approcherait les 15 000 exemplaires vendus (soit une jolie réussite au vu du type d’ouvrage). L’album a également obtenu une belle audience régionale (méritée).

DEUX EXPOS A VENIR

Et, plus de six mois après sa sortie, sa vie continue de façon active. Le 1er mai, une expo lui sera consacrée au Familistère de Guise dans le cadre de la journée annuelle de fête du travail.

Autre lieu d’expo, début juin, dans le cadre du Festival de la bande dessinée d’Amiens. Une seconde expo qui devrait en plus être installée, et on s’en réjouit fortement, dans la salle Catelas du Courrier picard. Un lieu finalement assez logique pour une BD dont le héros est aussi un journaliste.

Des bulles avec la banane

Ce lundi soir, l’association On a marché sur la bulle propose une rencontre très rock n’roll, avec nul autre que Frank Margerin, le père de Lucien, de Ricky, de Momo le coursier ou de L’insupportable Manu.

Frank Margerin et Lucien, en noir, blanc et rock toujours

Après avoir été un des piliers du magazine Métal Hurlant, Frank Margerin a aujourd’hui rejoint l’équipe de Fluide Glacial, avec son style inimitable, rond, humoristique et résolument Rock’n’Roll. Les lecteurs du Courrier picard ont d’ailleurs pu apprécier, courant l’été 2009, le dernier album de la série, Lucien père et fils.

C’est dans les années 80 qu’il s’impose. Multipliant les pochettes de vinyles, les affiches de films, de concerts, de festivals, les illustrations publicitaires. Son graphisme est omniprésent, sa « patte » devenue incontournable marque l’époque. De tout cela, l’Histoire retiendra avant tout son personnage-fétiche, Lucien, la banane la plus célèbre de la bédé, rockeur rigolard emblématique de la bande dessinée française de cette décennie.

Autre consécration, en 1992, Margerin est couronné Grand Prix de la ville d’Angoulême. Puis tandis que Lucien continue ses aventures (et fête ses vingt-cinq ans en 2004), un autre personnage attachant fait son apparition sous le trait de l’auteur en 2002 : Momo le coursier. La famille s’agrandira quatre ans plus tard avec la nouvelle série Shirley et Dino, inspirée par le couple d’humoristes.

A chaque fois, la gouaille et la bouille des personnages s’imposent, élargissant la famille mais préservant toujours cette proximité, avec son époque et avec ses lecteurs qui en font le succès.Bref, de quoi avoir de quoi causer ce lundi 7 mars, à 20h30, au centre culturel Léo-Lagrange, place Vogel à Amiens. Comme d’habitude, la soirée est gratuite

Et, pour prendre date, les deux prochains rendez-vous proposés par l’association amiénoise s’annoncent tout aussi exceptionnels. Avec le scénarsite Kris, le 4 avril et avec Philippe Druillet le 2 mai.