L’amour en pente douce

LES ANNEES DOUCES, t.2, de Jirô Taniguchi, ed.Casterman, 232 pages, 16 euros.

La toute dernière série de Jirô Taniguchi – diptyque adapté d’un célèbre roman de Hiromi Kawakami, dont le deuxième volet vient de paraître en ce mois de février – ne déparera pas dans l’oeuvre du plus européen des mangaka.

On retrouve ici le trait accessible et l’univers sensible de l’auteur de Quartier lointain et le même intérêt pour l’étude des rapports humains.

Tout était parti d’un hasard, ou du destin. Dans un café, une trentenaire, Tsukiko, retrouve son ancien professeur de japonais,  de plus de trente ans son aîné. Entre la jeune femme célibataire et l’homme veuf, une complicité va naître, au fil de leurs rencontres, autour d’un verre de saké dans un café. Puis leurs rendez-vous vont s’élargir à une balade dans un marché, un jour de cueuillette de champignons en montagne, rogressivement, par touches légères, de la connivence, ils vont passer à une véritable affection, et peut-être même plus … C’est l’objet de ce deuxième tome, cette montée progressive vers un désir attendu, espéré, mais qui marquera aussi la fin de l’histoire. Et lui donnera toute sa force. Taniguchi dessine cela avec toute la délicatesse et la pudeur requise. Des années douces pour une liaison qui dure, et qui restera longtemps dans la mémoire et la rétine de ses lecteurs.

Dédicaces en Stock

Rafales de dédicaces  chez Bulle en stock en ce début d’année.

Après l’auteur chinois Benjamin, voilà dix jours,  c’est une rencontre avec Antoine Dodé, dessinateur amienois dont le nouvel album Pierrot Lunaire vient de sortir chez Ankama, qui est programmé ce samedi 26 février (à partir de 14 heures).

Et le mois prochain, le 26 mars, c’est à double rencontre qu’invite la librairie spécialisée amienoise, avec Pierre-Henry Gomont pour la sortie de son premier album Kirkenes aux éditions des enfants rouges et David François, pour De Briques et de sang et pour ceux qui auraient raté son passage à l’automne dernier dans ces mêmes lieux.

Occasion aussi de saluer le nouveau look (enrichi) du site internet de la librairie.

Robin des bois, Inca à part

LUXLEY, t.5: Le nouveau monde, de Valérie Mangin et Francisco Ruizgé, ed.Quadrants/Soleil, 48 pages, 13,50 euros.

En spécialiste du téléscopage spatio-temporel (avec Le fléau des dieux ou le Dernier Troyen, transposition en space opera de la Rome antique), Valérie Mangin s’était lancé dans un pari encore plus fou avec ce Luxley. Comme on le sait désormais, en 1191, une armada d’Aztèques et de Mayas dirigée par un Inca aux pouvoirs divinatoires qui envahit l’Europe, en « légitime défense » anticipée, 300 ans avant que Christophe Colomb ne découvre l’Amérique et précipite la chute des empires latino-américains.

Huit ans plus tard, toute la France est vaincue. Seuls seul Robin de Luxley (qui s’est découvert lui aussi des dons de double vue grâce au peyotl), plus connu comme Robin des Bois et une poignée de camarades résiste encore. Mais au début de ce cinquième et dernier album, les choses se présentent plutôt mal. Paris a été détruit, et si le sultan Saladin est désormais du côté des chrétiens, Robin a été emmené, captif, de l’autre côté de l’Atlantique.

Malgré un dessin réaliste soigné de Francisco Ruizgé, cette uchronie baroque a eu un peu de mal à décoller. Depuis le troisième album, Le sang de Paris, elle avait trouvé son rythme. Et ce final s’avère à la hauteur des espoirs placés en lui. Peuplé de visions contradictoires, ce dernier tome se révèle même quasi métaphysique, opposant déterminisme et libre arbitre sur fond de visions hallucinogènes. Et se permettant de terminer sur un clin d’oeil qui réussit à réunir l’esprit de « notre » histoire de Robin des Bois et la trame de cette histoire parallèle développée depuis cinq albums. Et si ici le lecteur n’est plus vraiment surpris, il apprécie d’avoir été bien mené jusqu’au bout de l’aventure.

Un amour de jeune fille

MISTINGUETTE, t.1: en quête d’amour, de Greg Tessier et Amandine. ed.Jungle. 56 pages, 9,95 euros.

Voilà une nouvelle venue, aux côtés de Lou ou des Sisters, dans le registre – qui commence à s’étoffer – de la bande dessinée pour (jeunes) filles. On découvre donc ici la jeune Chloé – ou « Mistinguette » pour sa famille – jeune collégienne un peu timide, qui suite à un déménagement, va devoir faire sa rentrée de 4e dans un nouvel établissement. Pas facile de se faire des copines – et d’éviter les chipies stars du collège – et de conquérir l’élu de son coeur.

Un dessin plutôt rond, coloré et plein de fraîcheur et un récit qui, pour une première incursion de Greg Tessier dans la BD,  certes ne sort pas des sentiers battus, mais y apporte sa petite touche personnelle et sensible. Notamment par son découpage amusant en trois trimestres ponctués du bulletin d’évaluation très personnel de son  héroïne.

Dernier argument, décisif : un échantillon représentatif (quoique réduit) du public ciblé – à savoir ma fille et une copine à elle, d’une dizaine d’années – a beaucoup apprécié.

Bonne note pour Hautière et Lapone

ACCORDS SENSIBLES, d’Antonio Lapone et Régis Hautière, ed. Treize étrange / Glénat, 144 pages, 17 euros.

Nouvel album dans les bacs pour le prolifique Régis Hautière. En attendant le premier volume de Pour tout l’or du monde, avec Alain Grand au dessin (intrigue sentimentalo-policière au XIXe siècle, prévu pour mars chez Quadrants/soleil), Yerzhan avec Efa (série d’anticipation au Kazakhstan, dont le premier tome devrait sortir en mai chez Delcourt), Abélard, avec Renaud Dillies (annoncé pour juin), la suite de La croisière jaune... et le début d’un second cycle d’Aquablue (dessiné par Reno pour la fin de l’année encore chez Delcourt), le scénariste amienois s’est livré à une variation jazzy et rétro pour l’Italien Antonio Lapone (fan des années 1950 et de la ligne claire), avec des Accords sensibles, à découvrir dès la semaine prochaine.

Un one shot petit format, hommage ouvert au graphiste Lucien de Roeck et l’époque de l’expo universelle de Bruxelles 1958,  qui lorgne du côté de Chaland pour le dessin et de Monsieur Jean de Dupuy & Berberian pour l’univers. Même si cela n’est pas franchement ma tasse de thé – et même plutôt a fortiori pour cela –  j’ai été assez vite envoûté par cette ambiance rétro et mélancolique, subtile variation en quatre temps (plus un épilogue) et six personnages sur les occasions manquées et les rendez-vous ratés. Un ouvrage dans le bon tempo et bien mis en musique.

American Gods

DES DIEUX ET DES HOMMES, t.1: La fin du commencement, de Jean-Pierre Dionnet et Laurent Theureau, ed.Dargaud, 64 p., 13,95 euros.

Un petit air de Metal Hurlant ? Pas étonnant, Des Dieux et des hommes marque le retour à la BD de science-fiction de Jean-Pierre Dionnet, l’un des grands noms de la saga du magazine, qui ces dernières années avaient un peu abandonné le genre (mais pas totalement, il suffit de lire son blog « l’Ange du bizarre« . Et un retour « XXL », avec une oeuvre protéiforme, contant le crépuscule de l’humanité de 1929 à 2147 et appelée (peut-être) à se poursuivre sur une trentaine d’albums sur la décennie !

Des Dieux et des hommes, avec d’ores et déjà la collaboration confirmée de Laurent Theureau, de Roberto Baldazzini et de Moebius. D’autres noms prestigieux devraient s’ajouter rapidement à la liste de cet énorme projet porté par les éditions Dargaud.

Les Dieux de cette histoire sont nés, miraculeusement le jour du krach boursier de 1929. Soixante-six mutants immortels  naquirent le long de la route 66. Dotés de pouvoirs divers et se reproduisant à grande vitesse, ils devinrent vite  plus nombreux que les humains, qu’ils regardèrent disparaître, avec autant d’intérêt que celui que nous portons à une fourmillière en train d’être dévasté par un ruisseau… C’est donc l’histoire de cette uchronie qui sera contée ici, sous forme parcellaire et juxtaposée.

Dans ce premier album qui se déroule en 2147, à la « fin du commencement« , donc, le Seigneur des Mouches, dieu de second rang, se livre à un combat homérique contre le numéro un, pour une raison qui reste largement obscure au lecteur.

Par son thème, on songe un peu au roman de Neil Gaiman, American Gods, qui, lui-aussi mais dans une toute approche, plantaient des dieux (des divers cultes humains) au milieu de l’Amérique contemporaine. Graphiquement, on pense fortement à Jodorowsky et Moebius.

A la fin de cet album, allusif, on ne perçoit donc que quelques bribes de cette histoire parallèle. Pas grave et pari de Dionnet. On en saura plus à la fin du trentième album. Ou peut-être plus ou moins, comme son auteur s’en expliquait récemment dans l’émission Mauvais genres, sur France Culture. Peu importe après tout. Dans un premier temps, quatre albums sont annoncés pour 2011. Avec une déesse dirigeant une communauté hippie dans les années 70, une petite ville américaine cachant un camp de concentration pour japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, puis une vision d’un Las Vegas années 50 offert aux Italiens. Alléchant programme pour une fin du monde…

Le dessinateur lyonnais Félix Molinari est décédé

Il était âgé de 80 ans, mais voilà deux ans, il avait encore sorti un album, de sa nouvelle série Le dernier kamikaze, avec le scénariste Jean-Yves Mitton.
Félix Molinari est décédé mercredi.  Né le 30 novembre 1930, à Lyon, issu d’une famille d’immigrés italiens, son envie de dessins s’était concrétisé, après la Seconde Guerre mondiale avec la découverte des magazines américains.
Sa série la plus connue  aura été celle narrant les aventures du sergent «Garry» dans le Pacifique. Avec plus de 2000 histoires réalisées entre 1948 à 1971. Félix Molinari est aussi le créateur de Super-Boy (1958 à 1986). Illustrateur et dessinateur pour la pub, il était revenu à la bande dessinée  au début des années 1990 avec les Héritiers d’Orphée, avec des SS envoyés chercher la vie éternelle dans l’Himalaya.  Puis s’enchaîneront les albums des Tigres volants.  Et, enfin, en 2006, la série du Dernier kamikaze.

Antoine Dodé sort son Pierrot lunaire

Après Armelle et Mon oncle, l’auteur picard Antoine Dodé sort un nouvel ouvrage (édité chez Ankama cette fois, la boîte lilloise connue pour son jeu à succès Dofus). Une histoire se passant dans un pensionnat suisse ou une jeune pensionnaire étrange et solitaire est seule à voir un mystérieux être fantomatique, Pierrot lunaire, qui donne le nom à la série.

Je ne l’ai pas (encore) lu, mais ma camarade, Gaëlle Martin, en dit beaucoup de bien, dans un article paru ce jeudi 10 février dans l’édition d’Amiens du Courrier picard. Avec les explications détaillées de l’auteur.  Sinon, on peut aussi aller découvrir en avant première une (jolie) image du prochain tome sur le site du dessinateur amienois.