Rencontre à la hauteur ce soir au cirque

Un fil tendu entre le cirque et la bande dessinée. C’est l’objet de la soirée un peu particulière des Bulles du lundi, ce 31 janvier au Cirque d’Amiens, autour du dessinateur Cecil.

Autoportrait de Cecil à l'oeuvre.

On a déjà tout raconté dans le nouveau Cahier Week-end du Courrier picard, paru ce vendredi 28 janvier. Mais cette soirée pas comme les autres des rendez-vous avec un auteur organisé par l’association On a marché sur la bulle méritait bien un nouveau petit rappel. Et cela nous donne l’occasion de publier cet auto-portrait de Cecil.

Rencontre inédite donc, entre Cecil, l’auteur de la trilogie du Réseau Bombyce, fan de cirque et la compagnie Cirk Vost, dont le spectacle Epicycle, présenté à Amiens, dans la semaine, est inspiré des albums du dessinateur bordelais. Et dont l’un des co-fondateurs de la compagnie, Benoît Belleville, est lui-même fan de BD.  De quoi rendre en tout cas la soirée-débat de ce lundi sans doute passionnante. Et sûrement à la hauteur.

Un palmarès à 5000 km/seconde

Le Festival d’Angoulême vient de rendre son jugement. Album de l’année, « Fauve d’or » : l’outsider 5 000 km/secondes de Manuelle Fior. Et Le lauréat du Grand Prix de la Ville d’Angoulême 2011 et futur président du jury du Festival 2012 est Art Spiegelman.

Une surprise et une consécration en conclusion du Festival d’Angoulême 2011, ce dimanche.

Un album d'un auteur italien, publié par une maison d'édition suisse et un thème universel pour le "Meilleur album 2011" du Festival d'Angoulême

La surprise, c’est le « Fauve d’or », meilleur album de l’année attribué à l’Italien Manuelle Fior pour 5000 km/seconde (ed.Atrabile, basée à Genève), chronique douce-amère de deux garçons et d’une fille entièrement réalisé à l’aquarelle… et que qui fait partie des quelques 4 000 et quelques albums que j’ai loupé en cette année 2010 ! Au vu des pages aperçues, ça à l’air plutôt réussi graphiquement, dans un style intimiste. Après lecture, un an plus tard donc, le récit séduit et le trophée d’Angoulême aura donc permis de mettre en lumière un album qui serait, sans cela, passé assez inaperçu. Une logique de défense des auteurs louable, mais qui laisse quand même perplexe au vu de pas mal d’autres albums en lice dans la sélection qui, plus « mainstream » peut-être n’en avaient pas moins de qualités. Voire plus.

Autres récompenses principales, le Prix spécial du jury est revenu à David Mazzucchelli pour Astérios Polyp (bon, promis, je m’y replonge pour voir si au deuxième regard, je le trouve moins hermétique et plus passionnant) et le Prix du public à Julie Maroh pour son album Le bleu est une couleur chaude. Un trio marquant la domination (sans trop de surprise) d’une BD d’auteur plutôt intimiste.

Art spiegelman for President

Auto-portrait d'Art Spiegelman (dans "A l'ombre des tours fantômes")

La consécration, c’est celle d’Art Spiegelman. L’auteur américain rendu mondialement célèbre par son diptyque Maus, son récit inoubliable sur la Shoah raconté avec des chats et des souris, devient le nouveau lauréat d’Angoulême et sera donc le président du jury du prochain festival, en janvier 2012.

Pour le reste, côté palmarès,  le prix Révélation revient à La parenthèse d’Elodie Durand (déjà plebiscitée par les lecteurs de Libération), le prix de l’audace au Belge (flamand) Brecht Evens pour Les noceurs, le prix de la BD alternative à l’Arbitraire, vol.9, celui du Patrimoine à Attilio Micheluzzi (l’auteur du remarquable Sibérie) avec Bab-el-Mandeb.

On appréciera aussi le prix Regards sur le monde (qui a un petit côté surtout prix de consolation attribué à  Joe Sacco, pour Gaza 1956, le prix intergeneration décerné à Naoki Urasawa (le créateur de la série culte 20th century boys)  pour sa nouvelle série Pluto et le Prix de la série pour celle – effectivement très bonne – Il était une fois en France.

Au rayons déceptions et oubliés du palmarès, on mettra Quai d’Orsay d’Abel Lanzac et Christophe Blain (qui se consoleront avec le Grand Prix de la BD RTL), mais aussi Souvenirs d’un immortel de Vehlmann et de Bonneval (que je continue à considérer comme étant l’un des meilleurs albums lus cette année), Fritz Haber de David Vandermeulen. Et bien sûr, notre album picard de la sélection, De Briques et de sang de David François et Régis Hautière. Mais les deux auteurs ne se faisaient pas trop d’illusions.

Premier petit « Fauve »

Le Festival d’Angoulême commence à délivrer son palmarès 2011. En attendant l’annonce de la proclamation du meilleur album de l’année, aujourd’hui, le Fauve du meilleur album jeunesse a déjà été décerné.

Et le premier vainqueur est… le tome 3 des Chronokids de Zep (avec Stan et Vince au dessin) et leur téléphone portable permettant de voyager dans le temps. Une vraie série humoristique enfantine, issue du magazine Tchô. Et un choix quand même très mainstream, au sein d’une sélection d’une vingtaine d’albums parfois plus audacieux et/ou personnels.

Le grand rendez-vous, pour le « Goncourt » de la BD, c’est ce dimanche avec le palmarès des autres « Fauves », dont notamment l’album de l’année. Sélection parmi laquelle on trouve notamment le « picard » De briques et de sang.

Villemolle enfin accessible à tous

Le film ovni déjanté de Winshluss, passé comme une comète sur les écrans, est sorti en DVD. Et avec un très joli packaging en plus.

Bon, on est complètement passés à travers au moment de sa sortie, voilà trois mois, et Noël n’est plus là pour servir d’alibi, mais il fallait quand même saluer la parution en DVD de Villemolle 81, dessin animé live découvert non sans ravissement au festival de Groland à Quend-plage en 2009 (d’où il repartit avec un prix du public) puis sorti (ou pas d’ailleurs en Picardie) fin 2009 dans une coupable indifférence.

Ce mélange hilarant et parfaitement improbable des zombies de George et Romero et de Groland, ajouté à des séquences d’animation dignes de Wallace et Gromit sous acide mérite incontestablement le détour vers cette riante cité de Villemolle, dans le Tarn (d’où le 81 intrigant pour qui ne maîtrise pas sa liste de départements par coeur), son spectacle médiéval son & lumière et sa spécialité de saucisse au hamster… Une série Z de chez Z perpétuellement entre le 2e et le 15e degrés (au moins).

Pourquoi parler cinéma dans un espace dévolu à la bande dessinée ? Parce que l’auteur de cet ovni n’est autre que Winshluss, figure de proue des Requins marteaux, auteur, notamment d’une superbe adapation de Pinocchio en BD, et qui avait déjà fait ses premiers pas au ciné avec Marjane Satrapi (et son nom de Vincent Parronaud) pour l’adaptation de Persépolis. Et que Blutch joue également dans le film.

Accessoirement, pour en revenir, et en finir, voici sans doute l’un des rares DVD que je connaisse qui fasse rire avant même de le regarder ! Le packaging, avec carte détaillée et « index touristique » est déjà un petit chef d’oeuvre d’humour, bien dans l’esprit de la Cie Ferraille !

Arleston, auteur le plus « bankable » pour « Le Figaro »

Il n’aura échappé à personne que la bande dessinée est, aussi, une activité économique. Après les palmarès des meilleures ventes d’albums de l’année, le Figaro innove, aujourd’hui, avec son palmarès… des auteurs les plus « bankables ». Et le hasard faisant bien les choses, c’est Christophe Arleston (à qui le Festival d’Angoulême, ce week-end, consacre une grande expo) qui arrive en tête, grâce au succès de Lanfeust, de ses Trolls et des séries parallèles. Un auteur qui « pèse » 1,5 millions d’exemplaires selon le calcul de notre confrère.

Derrière, le prolifique Jean Van Hamme  (XIII, Thorgal, Largo Winch)  devance de peu Uderzo et Goscinny et l’immortel Astérix (un million d’albums encore achetés dans l’année 2010 selon le Figaro et ce sans même une nouveauté à se mettre sous la dent).

Juste derrière le trio de tête, arrive l’autre classique historique, Hergé et Tintin. Et pour boucler le le Top 5, un dessinateur scénariste vivant quand même, Jenfèvre (grâce à son Joe Bar Team, top album de l’année).  Ce qui permet de laisser quand même 50 % d’auteurs encore en vie parmi ceux qui vendent le plus ! Un côté « patrimonial » qui se confirme avec le reste du classement, ou l’on constate que la grande majorité des auteurs et héros qui pointent en tête ont plus de vingt ans d’âge. Et comme l’analyse dans le dossier du Figaro l’éditeur Guy Delcourt « le marché de la BD stagne, mais les classiques se portent très bien », tandis qu’à l’inverse les nouveaux héros « ont du mal à émerger ». Compréhensible en partie, car difficile de s’y retrouver au milieu des 5 000 albums qui sortent par an, pour des livres tournant entre 12 et 15 euros en moyenne.

Les Picards à Angoulême

La 38e édition du Festival de la bande dessinée d’Angoulême ouvre ses portes ce jeudi 27 janvier. Et Angoulême 2011 sera un cru exceptionnel pour les auteurs qui vivent et travaillent en Picardie, et à plus d’un titre.

Daniel Goossens (qui réside dans l’Oise), en tant que Grand Prix 1997, sera présent à la fois sur le stand Fluide Glacial et lors des délibérations pour attribuer le prochain Grand Prix, attribué à l’auteur majeur qui assurera la présidence 2012. Sylvain Savoia et Marzena Sowa dédicaceront le tout nouveau tome des aventures de Marzi, Tout va mieux (tome 6, éd. Dupuis). Antoine Dodé rejoint l’écurie Ankama, où il sort son nouvel album, Pierrot lunaire, et chez qui il dédicacera.

De briques et de sang dans le Top 46 de l’année

Mais les vedettes picardes de cet Angoulême 2011 sont incontestablement David François et Régis Hautière qui, pour leur deuxième album commun, réussissent à s’imposer dans la sélection des incontournables de l’année. De briques et de sang (éd. KSTR) comme on l’avait déjà salué, fait en effet partie de la liste des 46 meilleures bandes dessinées 2010 sélectionnées par le festival, parmi les plus de 5 000 nouveautés de l’année. Les deux auteurs participeront à une rencontre publique « Sélection Officielle »  vendredi 28 janvier à 14h30. Autre forme de reconnaissance, déjà,  l’album connaît ces jours-ci sa troisième édition !

Enfin,  l’association On a Marché sur la Bulle, elle ira dévoiler là-bas la première version de l’affiche et du programme des 16es Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens. Deux choses déjà évoquées ici hier.

un « super » 16e Rendez-vous de la BD d’Amiens

Les 16e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens sont fixés au 4 et 5 juin 2011. Le programme commence à être connu. Alléchant.

L'affiche 2011, signée Ralph Meyer

Le pré-programme des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens 2001, organisé par l’association On a marché sur la bulle, vient d’être dévoilé. Avec du lourd et de l’alléchant.

L’affiche est signée Ralph Meyer (dessinateur des séries IAN, Berçeuse assassine, du XIII Mystery consacré au tueur « la Mangouste et du récent et excellent one-shot Page noire) où l’on découvre un Jules Verne qui cache bien son jeu. Un visuel sobre mais incontestablement efficace.

Côté expos, on retrouvera Jules Verne à travers une expo jeunesse autour des Enfants du capitaine Grand (paru chez Delcourt). Mais les deux temps forts de cette année seront l’exposition consacrée au travail – superbe – de Junjo Guarnido et Juan Diaz Canales sur la série à succès Blacksad d’une part ; et sur un « retour sur près de 30 ans de fables amères » avec Ptiluc et ses fameux rats.

Autres rendez-vous à noter, qui auront droit à leurs expos :  l’Affaire des affaires (la série du journaliste Denis Robert, Yan Lindingre et Laurent Astier) qui investira le cirque d’Amiens  et De briques et de sang, de David François et Régis Hautière (qui connaît apparemment un joli succès, avec plusieurs rééditions déjà).

Bon, plus que quatre mois et demi à attendre.

LiBéDé de l’année

C’est devenu un « classique », presque un rituel. Mais  toujours aussi apprécié, le « Libé » d’Angoulême illustré par des dessinateurs.

Cette année, c’est David B qui a l’honneur de la « une ». Et Moubarak qui s’en serait bien passé pour la répression sanglante en Egypte. Une fois encore, comme depuis plus d’une vingtaine d’années (déjà !), Libération sort son édition spéciale tout illustré par des dessinateurs de bande dessinée ce jeudi.

Ce qui était une vraie innovation au début est devenu une sorte de rituel, attendu comme un rendez-vous routinier, mais agréable. Et le quotidien a toujours eu une vraie culture bédé (qu’on se souvienne de sa « une » historique lors de la mort d’Hergé ou celle sur le décès de Jacobs).  Au fil des pages, on trouve donc Miles Hyman illustrer la Tunisie, Pétillon faire un petit strip sur les conflits d’intérêts, Lewis Trondheim assurer une belle frise à un article sur la loi Loppsi 2, Michel Galvin réaliser un dessin assez angoissant sur la disparue de Pornic, Killofer portraiturer Proglio d’Edf ou Schuiten évoquer l’espionnage chez Renault. Et le célèbre portrait de der est assuré par Jean-Pierre Gibrat, pour un joli dessin du rugbyman Bastareaud.

Bref, encore un vrai plaisir à feuilleter, démontrant la force du trait  pour croquer l’actualité (ce qui n’est certes pas rare dans les pages du futur quotidien de Nicolas Demorand, qui a toujours su faire appel aux dessinateurs).

Autre tradition, le cahier livres est lui-aussi consacré totalement à la bande dessinée. Là, pour le coup, avec nettement moins de surprise. L’hermétique roman graphique de David Mazzuchelli, Asterios Polyp (casterman), plébiscité par le Figaro autant que par les Inrockuptibles et classé album de l’année les critiques de BD a droit à la première page, et donne le ton pour les sept autres pages. Branché, pointu et un rien élitiste. Mais on ne va pas faire la fine bouche… un an à attendre avant le prochain.

Un marché sur les chapeaux de roue

Le 7e album des motards du Joe Bar Team, meilleure vente de BD de l'année 2010.

A  l’approche d’Angoulême, les articles sur la bande dessinée commencent donc, rituellement, à fleurir dans la presse généraliste. Parmi d’autres, on notera l’approche purement économique de l’Expansion. Le mensuel économique évoque ce vendredi l’état du marché de la bande dessinée 2010, à travers une étude de l’institut GFK

Un marché stable, en volume, avec plus de 39 millions de bandes dessinées vendues en France, pour un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros. Côté « Top 10 », on constate de petites différences mais, globalement, une confirmation de celui déjà établi par le rapport de l’Association des critiques de bande dessinée, déjà évoqué voilà une quinzaine de jours.

En tête des meilleurs ventes, pour les deux enquêtes, donc : Joe Bar Team, t.7, chez Vents d’Ouest, avec 500 000 exemplaires vendus, selon les calculs de l’ACBD

Derrière, GFK place Les aventures de Blake et Mortimer, volume 20 (ed. Blake & Mortimer), suivi à la troisième place du palmarès par Largo Winch, t.17 (Dupuis). L’ACBD, plaçait, elle, respectivement dans ces positions Largo Winch et Lucky luke, vol.4 (Lucky Comics)… Lequel se retrouve 4e pour GFK, précédant Blacksad, t.5 (Dargaud), Les passagers du vent de Bourgeon (12Bis), Le Chat (Casterman), vol.16, Blake et Mortimer, vol.19, Thorgal, vol.32 (Le Lombard) et Les Bidochon, vol.20 de Binet (Fluide glacial). En comparaison, l’ACBD classait ensuite, de la 4e à  la 10e place en terme de ventes : Blake et Mortimer, t.20, Le Chat, le Petit Spirou, Thorgal vol 32, Lanfeust Odyssey, Blacksad et Les passagers du vent.

Hormis quelques inversions, le bilan est assez similaire. Et le résultat parle de lui-même : les « classiques » et les séries déjà bien installées assurent et rassurent. Dans le lot, la présence des Passagers du vent est à saluer, seule oeuvre « d’auteur » , tout comme Lanfeust Odyssey et Blacksad, deux séries récentes (même si Lanfeust surfe forcément sur le succès de la série principale), qui font espérer quand même un renouvellement.