Sexy Cixi in the city

CIXI DE TROY, le secret de Cixi, tome 2 de Christophe Arleston et Olivier Vatine, ed.Soleil, 52 pages, 13,50 euros.

L’univers de Lanfeust de Troy s’élargit toujours plus. Depuis un an, on en connaît un peu plus sur les péripéties vécues par la belle Cixi, entre son  départ tonitruant du palais de Xingdu (à la fin du tome 5) et ses retrouvailles avec notre héros à Eckmül en maîtresse du dictateur Thanos et justicière nocturne.

Dans le premier tome, paru en décembre 2009, on retrouvait Cixi embarqué dans un équipage de femmes pirates… dont la chef ne la laissait pas indifférente. Amours, jalousie et aventures à la Erol Flynn à la clé.

Avec ce deuxième tome (sur trois), on en découvre encore de belles… Désormais arrivée dans la grande cité portuaire d’Eckmül, passée sous la coupe de Thanos, Cixi ne perd guère de temps pour devenir la favorite du nouveau maître des lieux. Mais elle découvre tout aussi vite l’horreur du régime. Grâce à sa servante et à un miroir nettement plus déluré que celui de Blanche-Neige, elle se dédoublera en « l’Ombre ténébreuse », futur chef de la résistance au tyran… Et la dernière page sera l’occasion d’une nouvelle révélation d’importance.

Car, oui, prévu comme un diptyque, Cixi de Troy devient désormais une trilogie (avec trois auteurs d’ailleurs pour le dernier épisode, qui sera dessiné par  Adrien Floch – Les Naufragés d’Ythaq – sur un storyboard de Vatine)  !

Au vu de la densité et des rebondissements de ce deuxième épisode, on n’accusera en tout cas pas les auteurs d’avoir tiré à la ligne.

Et en attendant la suite, ceux qui iront faire du côté d’Angoulême à la fin du mois pourront retrouver tout le (grand) petit monde Troy en exposition le temps du festival. Et, la bouille peut-être un  peu plus ronde et la silhouette un peu plus encrée, la Cixi d’Olivier Vatine s’avère aussi séduisante et aguicheuse que celle de Tarquin. Sexy Cixi in the city.

Prolongez les fêtes en BD avec Disney !

La reprise des titres Walt Disney par les éditions Glénat permet de retrouver avec bonheur des épisodes classiques et d’autres plus modernes, c’est aussi l’occasion rare de réunir plusieurs générations autour d’une même saga et de voir briller les yeux des petits et des grands. Donald, Mickey des histoires d’enfance, des histoires de bonheur.

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Sur la trace de la licorne et autres histoires est le premier tome d’une intégrale consacrée à l’œuvre de Carl Barks. Si celui-ci n’est pas le créateur de Donald Duck, il est cependant celui qui lui a imposé son caractère et l’a doté d’une famille aussi nombreuse qu’exubérante et fantasque. Ce premier recueil (d’une série qui en comportera 24) explore les années 1950-51. En début et en fin de volume, un dossier et un port folio éclairent le lecteur tant sur les personnages que sur le dessinateur qui ne dessina pas que des canards dans sa vie.

Mais l’essentiel reste bien sûr les histoires de Donald ! Vingt histoires où l’on redécouvre avec tendresse le canard le plus irascible et le plus paresseux qui puisse exister mais aussi le plus tendre et le plus généreux. Donald ? L’ami râleur sur qui l’on peut compter…

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Epic Mickey est un ouvrage d’un tout autre style. Cette bande dessinée est en effet l’adaptation du jeu-vidéo du même nom. Il s’agit donc du produit dérivé d’un produit dérivé, ce qui ne veut pas dire que la filiation au corpus disneyen soit absente ou éloignée car les citation et les clins d’œil sont nombreux à renvoyer à l’œuvre du maître.

L’histoire commence il y a longtemps, avant que Mickey ne soit célèbre dans le monde entier. Un jour, il passe au travers d’un miroir et atterrit dans l’atelier d’un magicien cherchant à créer un monde merveilleux. Inconscient de ses actes, il va se mêler de tout dans un rappel à Fantasia. Il pose ainsi en germe la création de Désolation d’où un monstre difforme et cruel va chercher à détruire la beauté du monde. Longtemps après, Mickey sera rattrapé par cet événement oublié et il va se retrouver face au Fantôme noir. Dans sa lutte, il sera aidé par Oswald le lapin, la première créature conçue par Walt Disney. Un Oswald qui reproche à Mickey de l’avoir fait plonger dans l’oubli…

Un graphisme très cartoon pour cette histoire qui intègre plusieurs scènes des films de Disney, des Silly symphonies à Peter Pan et d’autres. Mickey-Oswald deux visages de la gentillesse mais, si le récit est sans surprise, il est sans mièvrerie et d’une lecture agréable.

 

 

La Dynastie Donald Duck, Tome 1 : Sur la trace de la licorne et autres histoires, Carl Barks. Editions Glénat, 384 pages, 29 €

Epic Mickey, Peter, Fabio Celoni et Paolo Mottura, Editions Glénat, 72 pages, 14€

La révolution russe dans un trou noir

JOUR J, t.4 : Octobre noir de Fred Duval & Jean-Pierre Pécau, Florent Calvez, ed.Delcourt, 48 p., 13,50 euros.

Deux mois après Mattéo de Jean-Pierre Gibrat, c’est au tour de l’équipe de Jour J de plonger leurs héros dans la tourmente de la révolution russe de 1917.

Le concept de cette série est désormais bien connu. Partant d’un point historique connu, il s’agit d’imaginer une suite différente, si les Russes étaient arrivés les premiers sur la Lune, si Kennedy n’avait été tué qu’en 1973 à Dallas (thème du prochain album), si l’Allemagne avait gagné la Première guerre mondiale… C’est dans le prolongement de cette dernière réflexion, qui avait fait l’objet de Septembre rouge (tome 3) que se situe l’action cette fois, dans la fin de ce dyptique sur la Grande Guerre. Ici, on va voir comment les anarchistes russes ont renversé le tsar et évincé les bolcheviks en 1917, aidés par le commissaire Blondin (ex brillant commissaire des Brigades du Tigre, toujours fidèle à Clémenceau – qui poursuit la résistance à l’Allemagne depuis Alger) et par Jules Bonnot, l’ex-bandit anar de la célèbre bande du même nom.

L’uchronie est toujours un concept amusant, a fortiori, comme ici, quand elle joue sur l’histoire contemporaine avec rigueur. L’intrigue se lit donc avec plaisir, mêlant anecdotes de la « grande histoire » et rebondissements des aventures de notre héros, même si le tout se situe un ton en dessous du précédent album. On aura aussi bien noté que les militants bolcheviks, plus encore que chez Gibrat sont les « méchants révolutionnaires » faciles face aux anarchistes, bénéficiant désormais d’une aura libertaire plus positive. Mais c’est dans le dessin que l’album pêche le plus. Le trait trop rigide et froid de Florent Calvez (effet encore renforcé par la colorisation numérique) empêche de s’immerger pleinement dans cette histoire alternative.

Côté graphisme, on peut ainsi laisser voguer son imagination en se demandant : et si le scénario avait été dessiné par Manchu et Fred Blanchard, à qui l’on doit le superbe dessin de couverture ? Une couverture, clin d’oeil à la liberté guidant le peuple de Delacroix transposé sur fond de Kremlin qui justifie surtout l’achat de l’album !

La Mèche s’est éteinte

La Mèche n’aura tenu que trois mois. Triste.

Le nouvel hebdo satirique quitte déjà la scène.

On avait salué son arrivée, avec sympathie, voilà trois mois. Finalement, la Mèche était hélas courte. L’hebdo satirique lancé par Olivier Marbot et quelques anciens de Siné Hebdo a fait long feu et n’aura pas survécu au chiffre 13. L’annonce, voilà quinze jours d’une parution allongée sur deux semaines laissait penser que ses jours étaient comptés.

Dommage que cette nouvelle tentative dans la presse satirique, à côté du tutélaire et toujours vivace Canard enchaîné et du moins vif Charlie Hebdo, ait échoué. Certes, les chroniques de la Mèche n’étaient pas toutes du niveau de son prédécesseur. Mais en un trimestre, le journal avait commencé à trouver son rythme. Et il faisait découvrir des dessinateurs plein de talent, comme Large, tout en donnant le plaisir de retrouver d’autres déjà bien installés, comme Lindingre ou Caza ou les pochoirs de Miss Tic.

Raison de ce jet d’éponge prématuré : l’argent. Ou plutôt son absence. Et des ventes nettement moins hautes qu’espérées, comme l’explique notre consoeur Frédérique Roussel dans Libération de ce vendredi. De la mèche à la dèche, il n’y a pas loin… Vraiment dommage.

Des étoiles pour la Carotte

La carotte aux étoiles publiée par les éditions (amienoises) de la Gouttière décernée meilleur album jeunesse 2010.

Totalement honorique, mais pas moins réjouissant. La carotte aux étoiles, le très joli album jeunesse de Riff Reb’s, Thierry Murat et Régis Lejonc vient d’être classé « meilleur album jeunesse » de l’année par l’ex-mensuel et désormais site internet de bandes dessinées BoDoï. Une belle marque de reconnaissance pour le travail fourni par le trio d’auteurs (dans lequel on saluera le graphisme original et très fort du dessinateur havrais Riff Reb’s), qui arrive après pas mal de critiques très positives sur l’album. Un conte animalier que j’avais également salué dans les colonnes du Courrier au printemps dernier.

Née au sein de l’association On a marché sur la bulle, les Editions de la Gouttière pourront trouver là aussi un encouragement à persévérer.

Rayon de Soleil pour Haïti

Un éditeur mobilise ses auteurs de bande dessinée pour Haïti, avec l’artbook « Soleil en faveur d’Haïti », qui sort ce 15 décembre en librairie.

90 dessinateurs ont participé, dont Alary, Almanza, Arenas, Augustin V., Barbucci / Canepa, Bec, Biancarelli, Bianco, Boiscommun, Boudjellal, Bourgier, Cromwell, Danard, Dany, Demarez, De Pins, Dim D, Donsimoni, Dutto, Floch, Genêt, Jung, Kara, Keramidas, Lacombe, Lamontagne, Lauff ray, Lilidoll, Louis, Lyse, Peynet, Riff Reb’s, Mitric, Parnotte, Trichet ou Wendling...

Un an presque après le seisme qui avait ravagé l’île en janvier 2010, Haïti connaît toujours une situation préoccupante, voire dramatique, même si le pays ne fait plus la « une » des médias. Pour contribuer à aider Haïti à se relever de ses cendres, Soleil mobilise ses auteurs, et propose à l’occasion des fêtes un bel artbook né sous le signe de la solidarité.
100 % des bénéfices seront ainsi reversés à l’A.U.F. dont Jean-Marie Théodat, qui signe la préface de l’ouvrage  est directeur de la Délégation Caraïbe. Un hommage des éditions de Mourad Boudjellal à un personnage assez étonnant.

A la suite du séisme de janvier dernier, ce professeur agrégé de géographie et maître de conférence à Paris I, estimant que l’aide internationale était trop ponctuelle,  a décidé de quitter la France pour se rendre dans son pays natal, afin de participer à la reconstruction à travers l’enseignement supérieur. Depuis, il livre des chroniques régulières sur France Info, ou il conte le quotidien de son île blessée.

Beau et bon livre

90 auteurs ont participé à l’album, en donnant un dessin, inédit souvent, qui correspondait à un moment particulier de sa vie.  Pas de thématique donc. Mais, « un dénominateur commun : l’émotion« , comme le résume l’éditeur.

Au-delà de l’aspect caritatif, qui justifie l’initiative – et qui irritera forcément par ce côté humanitaire obligé – que certains alignent déjà vertement en ligne –   le résultat purement graphique est loin d’être inintéressant. Dans une maquette assez sobre, l’album reflète ainsi un bel éclectisme de styles. Certains  sont très proches du sujet. D’autres ont proposé des dessins fort éloignés d’Haïti mais reflet de leur univers d’auteurs.

Au final, un beau livre qui est aussi une bonne action. Bref, un cadeau tout trouvé pour Noël et qui donne l’occasion de reparler d’Haïti.

Des planches de David François au menu

Après Compiègne, on peut voir des planches de « De Briques et de sang » à Amiens, en ce mois de décembre.

Une des planches de "De briques et de sang", dessinée par David François

On a déjà pas mal parlé de De briques et de sang, jolie oeuvre de Régis Hautière et David François. On peut aussi voir les planches originales de l’album, réalisées par le dernier nommé.

Après la librairie des Signes à Compiègne en novembre (qu’on avait un peu loupé), c’est au restaurant participatif Cajou 2.0 à Amiens qu’on peut les découvrir sur les murs jusqu’au 29 décembre.

Occasion de se replonger, d’une autre manière dans l’univers si particulier – et si bien restitué – du Familistère de Guise.

Siné : 2 – Charlie Hebdo : 0

Charlie Hebdo a été condamné pour avoir licencié de façon abusive Siné. En ce mois de décembre, la vengeance est un plat qui se mangera donc froid…

La "une" du dernier numéro de Siné Hebdo... et un bras d'honneur prophétique à son ex-patron.

Cela avait été le « grand combat » de l’été 2008  déchirant le petit monde du dessin de presse, et plus largement de l’intelligentsia de gauche plus ou moins radicale : Philippe Val versus Siné. Le premier ayant viré le second en l’accusant d’antisémitisme, prenant prétexte d’une chronique anodine (et d’ailleurs passée sur le coup largement inaperçue) ironisant sur l’éventuelle conversion au judaïsme du fils Sarkozy avant son mariage avec l’héritière des magasins Darty.

Un an et demi plus tard, le tribunal de grande instance de Paris vient de condamner  Charlie Hebdo, nous apprend l’AFP, pour avoir rompu abusivement le contrat de collaboration qui la liait depuis seize ans avec Siné. Une seconde victoire, sur le plan judiciaire, pour le dessinateur anar, après celle remportée, sur le plan journalistique  et moral, avec le lancement de son hebdo Siné Hebdo qui avait fait sérieusement fait vaciller l’hebdo satirique dont il venait d’être chassé.

Quend-Plage, septembre 2008. Photo Fabrice Julien / Courrier picard

En septembre 2008, Siné était venu lancer son nouvel hebdo à Quend-Plage, lors du festival grolandais.

De quoi achever de provoquer un grand éclat de rire sarcastique devant la débandade de cette affaire qui a peut-être bien été l’acmé, mais aussi le début de la fin d’un certain « politiquement correct » mettant (et dévoyant) l’accusation d’antisémitisme à toutes les sauces. Et, en l’occurrence au profit d’une opération de flingage à but très personnel.

La somme de dommages et intérêts recueillie ne devrait pas inciter le vieux dessinateur à relancer Siné Hebdo (depuis, il sévit dans sa zone internet une fois par semaine), mais au moins à pouvoir payer pas mal de coups en cette fin d’année. Et on portera volontiers un toast à celui qui était venu lancer son canard lors du (défunt) festival du cinéma grolandais de Quend-Plage, dans la Somme en septembre 2008.