Moebius redessine Télérama

Libération s’est fait une spécialité de ses « numéros spéciaux » illustrés en bande dessinée. Depuis, la mode s’est étendue – récemment l’Humanité avec Fluide glacial. Ce mercredi, c’est le respectable Télérama qui s’offre un numéro redessiné par Moebius.

Le prétexte justifiant la chose étant l’annonce de l’exposition que la fondation Cartier consacre à Jean Giraud – Moebius.

Au final, le traitement est plutôt soft, mais respectable : quelques dessins illustrant des articles sur Arte ou Raymond Depardon et, bien sûr, un auto-portrait pour ouvrir l’entretien que l’hebdo culturel lui consacre. Interview au demeurant bien mené, intéressante et émouvante lorsque l’auteur évoque son cancer.

En complément, on peut visionner, sur le site web de l’hebdo, un intéressant reportage vidéo retraçant le passage du dessinateur dans les locaux de Télérama.

Mais, finalement, l’enrichissement le plus amusant et réussi est encore le relookage d' »Ulysse » – le petit personnage qui illustre et accompagne les critiques de ciné – devenu le temps d’un numéro collector un petit « Moebius ».

Le temps d'un numéro collector, les "Moebius" remplacent les Alfred des critiques ciné.

Les « dessins censurés » seront exposés à Amiens

L'affiche de l'exposition des "dessins censurés"

Les dessins érotiques censurés par le conseil général de la Somme seront finalement exposés à Amiens. Mais chez les avocats.

L’affaire avait fait couler son lot d’encre, fin mai. La suite du feuilleton des « dessins érotiques » censurés par le conseil général de la Somme aura lieu à la mi-octobre :  l’Ordre des avocats d’Amiens, comme il s’y était engagé, présentera en effet dans ses locaux l’exposition Pour adultes seulement, réunissant 25 illustrateurs et un affichiste, qui exposeront plus de 80 œuvres – pour une bonne part des inédits – d’illustrateurs de jeunesse qui devaient initialement être accueillies par la bibliothèque départementale de la Somme avant que le président du Département, le socialiste Christian Manable, ne fasse annuler la manifestation à quelques jours du vernissage.
Une décision qui avait choqué déjà sur la forme. La commissaire de l’expo, Janine Kotwica, résidant dans l’Oise et plutôt réputée dans son domaine, avait en effet été mise devant le fait accompli alors que toute la commande avait été honorée.
Sur le fond de l’affaire, aussi, le Département s’était fait épingler, notamment par l’Observatoire de la liberté de la création, émanation de la Ligue des droits de l’homme, qui voyait là un acte de censure stupide, et par bien d’autres sites ou blogs. Pour le moins, en tout cas, une grosse boulette et une très mauvaise gestion de la communication autour de cette décision.

Mais, cette exposition sera peut-être l’occasion de mettre un terme à certains malentendus, ou du moins de les confronter en direct. Christian Manable – comme il l’affirme dans le Courrier picard de ce mardi 28 septembre, a en effet annoncé son intention d’aller voir, lui aussi, l’expo !

Or-Azur toujours assure !

LANFEUST ODYSSEY, t.2, de Christophe Arleston et Didier Tarquin, ed.Soleil, 64 p., 13,50 euros.

Ce retour sur Troy de Lanfeust s’était fait plutôt en douceur dans le tome précédent du premier dyptique de ce troisième cycle (après Lanfeust de Troy et Lanfeust des étoiles). Voire avec un brin de platitude (à peine une taverne devastée à se mettre sous la dent), chacun ayant besoin de retrouver ses marques : nos deux héros, le toujours jeune Lanfeust et son compère de troll Hébus,  après un séjour de quarante ans dans l’espace qui n’a duré pour eux que deux années retrouvent un monde passablement chamboulé (C’ian est désormais mariée au baron Or-Azur et mère de dix enfants, dont une troublante Cixi, bien partie sur les traces de son explosive tante).

Le retour de la grande aventure

Mais après cet album d’exposition, l’odyssée promise est au rendez-vous. Tout comme le dessin de Tarquin, qui, s’il conserve le style habituel de la série, a pris de l’ampleur avec quelques belles et grandes cases hautes en couleur.

Ce deuxième volet de l’énigme Or-Azur a donc son lot de batailles épiques, de sorcellerie, de créatures fantastiques – comme ici les banshees, sortes de fée clochette végétales en plus carnivores –  le tout dans une histoire rondement menée, même si elle oublie parfois en route quelques éléments posés dans l’album précédent. Et l’humour qui baignait les précédents cycles se manifeste avec un ton en dessous.

Pas de quoi finasser, cependant : c’est bien le retour de la grande aventure sur Troy. Et c’est franchement réjouissant. Bonus supplémentaire : dix pages de l’encyclopédie de Troy, brossant le portrait de quelques uns des protagonistes de l’histoire. De quoi confirmer la devise de la dynastie des barons d’Hédulie du même nom : « Or Azur, toujours assure ! »

La bande dessinée, ça roule dans l’Oise

L'affiche de cette 4e édition, signée Kokor.

L’association amienoise On a Marché sur la Bulle et la médiathèque départementale va lancer sa quatrième opération « BD BUS en fête » dans l’Oise à partir de la semaine prochaine.

 Cela se traduira par la mise en place d’un bibliobus décoré à partir de l’affiche de cette nouvelle édition (affiche signée Alain Kokor, auteur des Voyages de Gulliver ou Petite souris, grosse bêtise), qui sillonnera toute l’Oise pendant un an.

 Trois tables rondes

Autre temps fort, la tenue de trois tables rondes grand public (entrée gratuite)avec des auteurs entre fin septembre et début octobre.

Samedi 25 septembre à Tracy-le-Mont, rencontre avec Jean-François Bruckner, dessinateur de III Empires, éd. Soleil ou Cicatrices de guerre(s) et Francis Laboutique, scénariste de Murailles.

Samedi 2 octobre à Belle-Eglise, rencontre avec Kokor.

Samedi 9 octobre, à Béthisy-Saint-Pierre, rencontre avec Julio Ribera, le dessinateur et scénariste du Vagabond des limbes.

Par ailleurs, du 20 septembre au 14 octobre également, quinze classes de primaires iront à la rencontre de la bande dessinée pendant toute une journée. Au cours de celle-ci, les jeunes visiteront une expo sur Petite souris, grosse bêtise spécialement adaptée pour le BD Bus, pourront lire des albums et même réaliser un strip de bande dessinée avec un intervenant professionnel d’On a marché sur la bulle.

Cette initiative, visant à amener la bande dessinée au contact d’un public rural, s’inscrit dans le cadre d’un travail de fond mené par l’association On a Marché sur la Bulle et la Médiathèque départementale de l’Oise (circulation d’expositions autour du médium bande dessinée, formation de bibliothécaires, renouvellement des collections, etc.).

Première dédicaces de rentrée

Première séance de dédicaces de septembre à la librairie Bulles en stock, à Amiens, ce 25 septembre.
Et pour cette rentrée, ce sera même une séance double et régionale, avec les deux auteurs amienois Régis Hautière et Damien Cuvillier, dont on a déjà parlé récemment, pour leur album La guerre secrète de l’espace. Mais on pourra aussi amener Les sauveteurs en mer, dessiné par Damien Cuvillier et sorti avant l’été.

Côté pratique, les règles sont inchangées : la séance débute à 14 heures, mais on réserva sa place le matin même, à partir de 10 heures.

Les Bidochon à la pointe du progrès

« Les Bidochon n’arrêtent pas le progrès », t.20, de Binet, Ed.Fluide Glacial, 48 p., 10,40 euros.

Ils ont accompagnés durant tout l’été une bonne partie des lecteurs de la PQR – dont ceux du Courrier picard. On retrouve aujourd’hui avec plaisir les Bidochon en album – avec même une touche de… fluo, en page 40. Et aussi quelques nouveaux gadgets inédits dégotés par Robert dans ses multiples catalogues pour l’homme moderne.

 Son épouse Raymonde et ses voisins essuient les plâtres de la technologie révolutionnaire du purificateur-ioniseur, du ramolibeur (pour ramollir le beurre, hein !), l’indispensable estimeur de distance ou le non moins nécessaire gant de toilette autosavonnant.

Astucieusement conçu comme une suite d’histoires courtes intégrées dans un même fil narratif, ce vingtième album des péripéties du plus célèbre couple de Français moyens (très moyens) est un grand moment d’humour. Car jamais les Bidochon – et leur créateur, Binet – ne sont aussi bons que lorsqu’ils sont dans le quotidien le plus pragmatique. Et que celui qui n’a jamais rêvé d’avoir un moulin à poivre lumineux leur jette la première pantoufle en Nappa de bovin !

Le gag-gadget de la planche 40 : le gilet est vraiment fluo !

A la fin du cycle, on éteint la lumière

« Quelques pas vers la lumière, t.3 : les voyageurs de l’autre monde », Bruno Marchand, Coll.Quadrants, éd. Soleil. 48 p.,14 30 euros.

Sorti au printemps 2008, le premier tome de cette trilogie ambitionnant de faire franchir au lecteur Quelques pas vers la lumière intriguait par son charme suranné, sa ligne claire réaliste et cette insistance mise sur la synchronicité – ces « curieux hasards » qui régiraient nos vies.

 Un an après, on retrouvait avec plaisir Marianne Bell et Peter Banning, compagnon d’armes du défunt père de la jeune héroïne dans un « voyage improbable » (titre du second volet). Plus que jamais placés sous cet étrange cycle du destin qui guide la vie de la famille Bell, on les suivait du Paris des années 50 jusqu’en Inde, à la recherche d’un gurkha qui pourrait les aider dans leur quête pour laver la réputation de Simon Bell.

De coïncidences en signes du destin, la jeune femme réussit à suivre la piste lui permettant de mettre la main sur le carnet de son père, mort durant la Seconde Guerre mondiale, et censé le disculper de l’accusation de trahison qui accable sa famille. Avec ce troisième et dernier album de la série, qui vient de paraître en cette rentrée, on se balade du Népal à Londres puis New-York avant de revenir à Paris, bouclant la boucle – géographique.

Encore quelques pas vers la lumière...

Après un début attirant, ce troisième tome s’avère un brin décevant. L’intrigue est parfaitement menée et résolue et même sa fin, faussement décevante, clôt parfaitement la série. En revanche, si jusqu’ici la narration dense (on songe parfois à Jacobs) créait une ambiance en phase avec l’histoire, cette fois, on verse un peu dans le verbeux et l’étirement inutile de l’histoire. On appréciera aussi diversement la dimension mystique de l’album.

Reste le côté insolite d’une BD quasi existentialiste,  des dessins toujours aussi soignés et une ambiance des années 1950 très bien restituée. Ce qui, même si l’éblouissement n’est pas là, mérite bien déjà un petit éclairage

« De briques et de sang » sous presse…

Opération originale, et vrai partenariat « régional » picard

La sortie du prochain roman graphique des deux auteurs picards Régis Hautière et David François, De briques et de sang (parution prévue fin octobre dans la collection Kstr chez Casterman) s’accompagnera d’un dossier spécial dans le Courrier picard et d’un bon relais par le quotidien régional.

Un cahier qui pourrait aussi accompagner la sortie de cet album chez certains libraires. Album qui, il est vrai, évoque aussi la presse, à travers le personnage de son héros, journaliste fait diversier à l’Humanité de Jaurès, amené, en ce début d’année 1914, à enquêter sur de mystérieux meurtres au Familistère de Guise, dans l’Aisne.

Affaire à suivre, donc.

Le visuel de la quatrième de couverture de "De Briques et de sang".