PAGE NOIRE Ralph Meyer, Frank Giroud et Denis Lapière, ed.Futuropolis, 104 p., 17 euros.
Trois auteurs pour autant de personnages, deux destins qui se croisent autour d’un romancier mystérieux, c’est l’équation de Page noire, qui s’annonce comme l’un des grands albums BD de cette fin d’année.
Tout cela commence pourtant fort classiquement. De nos jours, aux Etats-Unis, une jeune critique littéraire, Kerry Stevens, cherche à percer le mystère de l’identité Carson Mc Neal, un phénomène de l’édition qui cultive un anonymat total. Grâce à un subterfuge, Kerry parviendra à percer le secret et découvrira son nouveau roman, consacré à une jeune Palestinienne rescapée d’un massacre au Liban (on songe très fort à Sabra et Chatila), mais la découverte bouleversera sa vie…
Deux récits – deux styles de dessins… et tout converge !
Au-delà du thriller annoncé, entre trauma familial et drame historique, Page noire parle – brillament – de manipulation, de mémoire, de vengeance, de culpabilité et de pardon. Avec une force et une subtilité que l’on n’est pas prêt d’oublier, une fois tournée la dernière page de cette émouvante histoire.
Et si cet album bluffe aussi par sa maîtrise technique, son intrigue apporte une belle conclusion à ce qui n’aurait pu être qu’un joli exercice de style. Lapière et Giroud se sont en effet attribués chacun un personnage féminin et construit en parallèle leur récit avant de le faire converger.
Autre prouesse, celle de Ralph Meyer, qui dessine en fait ici… avec deux styles très différents (en terme de trait et de couleurs) qui, eux-aussi, en viennent à se compléter. Vraiment du grand art !


