Un thriller à la Page

PAGE NOIRE Ralph Meyer, Frank Giroud et Denis Lapière, ed.Futuropolis, 104 p., 17 euros.

Trois auteurs pour autant de personnages, deux destins qui se croisent autour d’un romancier mystérieux, c’est l’équation de Page noire, qui s’annonce comme l’un des grands albums BD de cette fin d’année.
Tout cela commence pourtant fort classiquement. De nos jours, aux Etats-Unis, une jeune critique littéraire, Kerry Stevens, cherche à percer le mystère de l’identité Carson Mc Neal, un phénomène de l’édition qui cultive un anonymat total. Grâce à un subterfuge, Kerry parviendra à percer le secret et découvrira son nouveau roman, consacré à une jeune Palestinienne rescapée d’un massacre au Liban (on songe très fort à Sabra et Chatila), mais la découverte bouleversera sa vie…

Deux récits – deux styles de dessins… et tout converge !

Au-delà du thriller annoncé, entre trauma familial et drame historique, Page noire parle – brillament – de manipulation, de mémoire, de vengeance, de culpabilité et de pardon. Avec une force et une subtilité que l’on n’est pas prêt d’oublier, une fois tournée la dernière page de cette émouvante histoire.

Et si cet album bluffe aussi par sa maîtrise technique, son intrigue apporte une  belle conclusion  à ce qui n’aurait pu être qu’un joli exercice de style. Lapière et Giroud se sont en effet attribués chacun un personnage féminin et construit en parallèle leur récit avant de le faire converger.

Autre prouesse, celle de Ralph Meyer, qui dessine en fait ici… avec deux styles très différents (en terme de trait et de couleurs) qui, eux-aussi, en viennent à se compléter. Vraiment du grand art !

La planche clé de l'album, où les deux récits se croisent.

Astérix ne résiste pas aux hamburgers

Le petit village d’Astérix résiste toujours aux romains… mais Uderzo a ouvert les portes à Mac Donald’s.

La nouvelle campagne de pub pour la chaîne de fast-food américaine a ainsi suscité un certain émoi en France en ce mois d’août, car elle est illustrée notamment par une vignette démarquant la scène finale des albums d’Astérix, celle du banquet… qui se tient cette fois dans un Mc Do – sous une bulle, proclamant « Venez comme vous êtes« , slogan de la campagne de pub.

Parmi d'autres personnages, dont celui de "Scream", la nouvelle campagne de pub de Mac Donald's utilise le visuel du banquet d'Astérix.

De quoi défriser sans doute José Bové dont on avait souligné, à l’époque de son « démontage » du fast-food de Millau, sa proximité physique et capillaire avec le héros de Goscinny et Uderzo. De quoi défriser aussi certains bédéphiles qui ont exprimé sur plusieurs sites et blogs leur écoeurement d’une telle récupération publicitaire. Et de pointer la dérive marketing des éditions Albert René dans l’exploitation des célèbres gaulois.

Selon l’agence France-Presse, les Editions Albert René « ont indiqué qu’elles ne voulaient pas entrer dans une polémique », précisant que « Cette campagne existe en partenariat avec McDonald’s parce que le message convenait et parce qu’elle n’enlève rien aux valeurs des personnages »… Notons en passant, qu’à l’inverse, elle a dû même accroître un peu la valeur financière des ayants-droits des personnages…

Ceci étant dit, on peut se demander si les multiples licences déjà accordées pour l’exploitation des personnages d’Astérix et d’Obélix (des jeux vidéo au dentifrice) n’avaient pas déjà pas passablement émoussé et banalisé l’image des héros.

Ceux-ci se relèveront sans doute sans mal de leur « banquet » chez Mc Do. C’est plutôt la qualité des albums qui compte.

Et, accessoirement, de savoir si la chaîne de fast food, pour rester dans le ton, va proposer des hamburgers aux sangliers.