Ces dessins que l’on ne saurait voir en Somme

L’affaire de la censure par le président du conseil général de la Somme de l’exposition « Pour adultes seulement », prévue à la bibliothèque départementale de la Somme continue de faire des vagues. 

Du côté du « censeur », Christian Manable, on en reste à une apparente position de fermeté, sur la forme, qui dénote un brin de flou, sur le fond. Entre condamnation de principe de dessins « misogynes » et donnant une « image dégradante de la femme » à un refus de voir un organisme du conseil général sortir de ses missions propres, ou du risque de voir associé des dessins érotiques et des illustrateurs connus pour leur travail en direction de la jeunesse (avec, en arrière-fond, l’accusation ultime d’incitation à la pédophilie…), à trop vouloir prouver, on finit par se discréditer soi-même.

S’il escompte sur l’oubli rapide de cette histoire, certains ne lâchent l’affaire. Après l’Observatoire de la liberté de création (émanation de la Ligue des droits de l’homme), c’est au tour de la section régionale de la LDH (relayée aussi par la section locale de Beauvais) de prendre position. La section isarienne exprime sa « stupéfaction et son inquiétude face à l’annulation de l’exposition » et apporte son soutien aux 26 dessinateurs et à Janine Kotwica, commissaire de l’exposition (résidant dans l’Oise).

La liberté de jugement à préserver

« Les actes de censure ont une fâcheuse tendance à se multiplier ces derniers temps, notamment dans le domaine artistique : il en va de la liberté de tous, artistes et citoyens, souligne le communiqué, l’accès à la culture doit être garanti, une œuvre d’art ne peut être soustraite au public au nom de valeurs qui, par définition, relèvent présentement d’un jugement personnel. Le public doit pouvoir se forger sa propre opinion et disposer de la liberté de jugement inhérente à chacun. » En conclusion, la LDH de Beauvais (comme l’Observatoire avant elle), demande solennellement au Conseil général de la Somme « de revoir sa décision afin que cette exposition, prévue depuis plus d’un an, ait bien lieu« .

Sinon, voici les « objets du scandale »…

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Bravo à l’invité d’honneur du festival de la bande dessinée d’Amiens !

A quelques jours des « Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens », on peut toujours regarder avec profit l’entretien accordé par l’invité d’honneur de l’édition 2010, Emile Bravo, lors de son passage, en début d’année, à Amiens.

Un grand album intemporel

LES DERNIERS JOURS D’UN IMMORTEL, Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann, éd. Futuropolis, 152 pages, 20 euros.

« L’éternité c’est long, surtout vers la fin« . Cet aphorisme de Woody Allen résume bien le sentiment de lassitude du héros mélancolique des Derniers jours d’un immortel, stimulant album de SF qui vient de paraître chez Futuropolis

En ce lointain avenir, si l’angoisse de la mort a disparu, c’est au détriment de la mémoire. Chaque homme a la possibilité, grâce à des transmutations, de voir son esprit renaître à volonté dans d’autres corps (ses « échos »), mais en perdant à chaque fois quelques bribes de passé, comme une vieille K7 trop souvent réenregistrée qui se démagnétise. C’est pourquoi Elijah en vient à ne plus utiliser ses échos… Avant cela, on aura suivi ce médiateur de la police philosophique résoudre plusieurs énigmes aux confins de l’espace.

Ambiance SF classique

Dans une ambiance renvoyant à la SF américaine classique à la Isaac Asimov, sentiment renforcé par le dessin dépouillé et subtilement rétro de Gwen de Bonneval, cet album s’avère une vraie réussite, démontrant qu’on peut parler en BD de sujets aussi forts que la mort ou l’altérité, avec une réelle ambition, dans une ambiance poétique et non dénuée d’humour.

Quant à Fabien Vehlmann (scénariste des séries IAN et Seuls – le 6e paraît en juin ou des nouvelles aventures de Spirou), après le superbe travail réalisé pour le cruel et candide Jolies ténèbres avec Kerascoët, il démontre joliment une nouvelle facette de son talent de conteur.

Un autre monde à découvrir

« Noob, tome 1:  tu veux entrer dans ma guilde ? » de Fournier et Cardona, ed.Soleil, 48 p., 9,95 euros.

tome 1: tu veux entrer dans ma guilde ?

Voilà un album pour geeks (fans de jeux vidéo, de ciné fantastique, d’héroïc fantasy ou d’autres « mauvais genres » addictifs) à conseiller à tous ceux pour qui MMORPG ou WOW ne sont que des onomatopées incompréhensibles, qui ignorent ce qu’est un flux de mana, l’intérêt d’une guilde ou l’avantage d’un familier.

Bref, à tous ceux – et il en reste – qui demeurent hermétiques aux « jeux massivement multi-joueurs en réseau » (mmorpg) du type Dofus ou World of Warcraft (wow), Noob ouvrira les yeux sur les raisons poussant leurs ados à se plonger dans ces univers ludiques virtuels.

Des noLife plein de vie

Déclinaison graphique d’une série télé sur la chaîne NoLife et sur le net, qui a suscité un réel engouement, cet album au dessin rond et coloré aborde avec le même humour l’univers des gamers que Kamelott a pu le faire avec la quête arthurienne. Ici, cette compilation de petites histoires drôles d’une à trois planches nous fait suivre avec empathie et une agréable autodérision les péripéties de quatre joueurs au sein du jeu Horizon 1.1 : Arthéon, le guerrier et malheureux chef de cette guilde de bras cassés, Gaea, la vénale et individualiste invocatrice, Omega Zell, l’assassin macho et Sparadrap, le prêtre, joueur catastrophique affublé du statut péjoratif de « noob » (version agravée du « newbie », joueur débutant). Et soyons sûrs que nous sommes tous les « noobs » de quelqu’un.

Les rendez-vous avant les Rendez-vous d’Amiens

Le festival de bande dessinée d’Amiens, c’est aussi avant le festival.

Depuis hier et jusqu’au jour J de vendredi, plusieurs actions vont avoir lieu en direction des scolaires notamment.

Ce lundi 31, Nykko et Bannister, (Enfants d’Ailleurs) entament leur tournée des collèges de la Somme. Première étape : celui de Friville-Escarbotin.

Demain, 1er juin, ils seront – rejoints par Vincent Mathy et Pierre Bailly (Ludo) et Valérie Vernay (Agathe Saugrenu) dans les collèges de Domart-en-Ponthieu, Longpré-les-corps-saints, Gamaches ou Arthur Rimbaud sur Amiens.

Mercredi, leur périple les emmènera à Péronne, Moreuil, Bernaville et encore Arthur-Rimbaud Amiens. Le lendemain, jeudi 3 juin, place à Étouvie, et Guy Mareschal, Édouard Lucas et Auguste Janvier à Amiens.

Enfin, vendredi, les auteurs des collèges vont à Rue, Acheux-en-amiénois, Beaucamps le Vieux, Crécy en Ponthieu et César Franck sur Amiens.

En parallèle, ce mardi, Loïc Dauvillier et Kokor, les auteurs de Petite souris, grosse bêtise, interviennent à la bibliothèque Louis Aragon toute la journée, et rencontrent des classes de Bovelles et de l’école Saint-Joseph. Mercredi, ils rencontreront des jeunes des centres de loisirs d’Amiens Métropole, sur la place Longueville (cirque), au sein du BD Bus. Et jeudi, Loïc Dauvillier passe la journée entre l’hôpital nord et l’hôpital sud, rencontrant des jeunes malades, tandi que, le matin, Kokor rencontre deux classes de l’école du Pigeonnier, où des enseignantes ont créé des fiches pédagogiques autour de Petite souris, grosse bêtise pour travailler avec leurs élèves.