Schnock fait encore des bulles avec Hardy et Margerin

Parmi ses nombreuses exhumations de « vieilles gloires » – mais toujours bien présentes dans l’inconscient collectif – des décennies passées, la revue Schnock évoque aussi périodiquement le monde et les créateurs de bande dessinée.

On se souvient ainsi de l’évocation de la rencontre entre Gotlib et les Monthy Python ou encore un entretien passionnant entre Druillet et Berberian autour du mythique album La Nuit. C’est encore le cas dans son dernier numéro en date (le n°22) consacré très largement à Françoise Hardy.

Jean-Emmanuel Deluxe revient, dans le cadre du gros dossier consacré à la chanteuse, à Pravda la survireuse, la bande dessinée pop et rebelle de Guy Peelaert, qui avait donné les traits de Françoise Hardy à son héroïne amazone à moto de l’an 2000. L’article rappelle aussi les péripéties ayant entouré « Les Vénusiennes », le spectacle imaginé par Pellaert, mis en musique par Jacques Dutronc, avec des costumes de Paco Rabanne, ..

Second rendez-vous avec le 9e art dans ce numéro, un long entretien émouvant avec Frank Margerin, le papa de Lucien, qui réussit l’exploit, en pleine période 80′ fluo, de remettre à l’honneur le perfecto, les santiags et le look blouson noir de banlieue.

Avec modestie, l’auteur (qui n’est en rien rangé des voitures et continue à publier son album par an) y rappelle ses débuts improbables à Métal Hurlant où l’apport de Philippe Manoeuvre lui permettra d’abandonner ses martiens de de SF d’opérette pour enfin pouvoir dessiner ce qu’il aimait : la France pavillonnaire et banlieusarde de son fameux rocker à la banane proéminente.
C’est aussi l’occasion de revenir sur la surprenante percée du groupe Dennis Twist et de sa plus courte participation aux dessins des petites BD des Malabar. Confirmation, s’il le fallait, que Margerin est vraiment à l’aise dans les bulles.

Fire Punch, du feu (furieux) sous la glace

Fire Punch, tome 1, scénario et dessin (Tatsuki Fujimoto). Éditions Kazé, 192 pages, 7,99 euros.

Après Riku-Do, la rage aux poings, il y a quelques mois, les Éditions Kazé frappent à nouveau très fort en publiant Fire Punch de Tatsuki Fujimoto. Un seinen d’anticipation, noir et fascinant, loin de l’univers pugilistique mais tout aussi percutant.

Nous sommes à une époque indéterminée, au-delà du XXIIIe siècle de notre ère. Le monde n’est plus qu’un désert de glace après un cataclysme provoqué par une mystérieuse sorcière. La faune et la flore ont quasiment disparu et le peu d’humains restant sont en passe de disparaître, transis par le froid et le manque de nourriture.

Dans cet univers post-apocalyptique, Agni et sa petite sœur Luna font partie de ces élus qui possèdent des pouvoirs surnaturels, en l’occurrence la faculté de se régénérer. Agni, 15 ans, utilise ce don pour nourrir les habitants du village qui l’ont recueilli, lui et sa sœur. L’adolescent « offre », la plupart du temps, un de ses bras, aux habitants pour les sauver de la famine. Un bras coupé généralement à la hache qui se régénère dans la foulée.

Un jour, ce village perdu au milieu de cet enfer blanc reçoit la visite surprise d’hommes armés jusqu’aux dents. Il s’agit de soldats de Behemdorg, l’une des rares cités encore debout. Menés par le chevalier Doma, un élu ayant le pouvoir de brûler n’importe qui et n’importe quoi jusqu’à le réduire en cendres, ils massacrent tous les habitants qu’ils considèrent comme des sauvages, car cannibales. Agni et Luna n’échappent pas aux flammes inextinguibles de Doma. Laissé pour mort, Agni assiste, impuissant, à la disparition de sa sœur…

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La France par le bout du Boucq

Portrait de la France, François Boucq, éditions i, 120 pages, 18 euros.

A l’heure du café du commerce florissant et des propos de comptoirs suscités par le climat propice de cette campagne électorale finissante, voici une leçon de bistrosophie en huit chapitres qui ne saurait être que profitable.

Distillés par le grand François Bouc, ces « portraits de France », souvent accompagnés de l’incontournable Jérôme Moucherot, se déclinent donc en vue saisissantes de la décrépitude de la France atteinte notamment de « lepénité aiguë » (dès le dessin de couverture), ce gros album en restitution de l’insécurité française, en rencontre avec une France bien enveloppée ou remplie de grands sportifs, en évocation de solutions bien hexagonales et d’un éternel retour à la France de toujours…

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L’art de la communication politique, com’ de bien entendu

La petite bédéthèque des savoirs : la communication politique, Christian Delporte (scénario), Terreur Graphique (dessin). Editions du Lombard

Si la préface – toujours pleine d’intelligence de David Vandermeulen – se place sous l’égide de Montaigne, Klemperer, Karl Krauss ou George Orwell, c’est avec Joseph Napolitan que débute ce récit illustré sur l’histoire de la communication politique, par l’historien spécialiste des médias Christian Delporte et du dessinateur Terreur Graphique.  En 1956, ce jeune journaliste américain « invente » la profession de consultant en communication politique. Premier succès pour lui dès l’année suivante ou il conseille un candidat donné perdant à la mairie de Springfield… qui l’emporte. Début d’une carrière de « gourou de la com » qui le verra avec Kennedy comme avec Giscard en 1974. Il avait compris une chose essentielle, souligne Christian Delporte : « la politique, c’est d’abord une affaire d’imaginaire« …

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Gift ±, mortel don de soi

Gift ±, tomes 1 et 2, Yuka Nagate (scénario et dessin). Éditions Komikku, 200 pages, 8,65 euros.

Éloignez les enfants, ils risqueraient de faire des cauchemars ! Thriller palpitant, Gift ± (prononcez « Gift plus minus ») s’adresse à un public plus mature, peut-être à ceux et celles qui se destinent à une carrière de chirurgien, voire plutôt de boucher tant l’hémoglobine coule à flots… Derrière ce mur de sang, se cache pourtant une histoire d’une grande profondeur.

Tokyo, de nos jours. Tamaki Suzuhara semble être une lycéenne introvertie, mais pas tant que ça comme on le constate très vite. La jeune fille est effectivement la seule à tenter de raisonner une camarade de classe suicidaire, prête à faire le grand saut du toit de l’établissement. Rattrapée de justesse après avoir trébuché, la désespérée pense être sauvée mais Tamaki l’expédie sur un arbre situé plusieurs mètres en contrebas. La suicidaire s’en sortira finalement avec une jambe cassée. Sans trahir la moindre émotion, Tamaki explique à sa professeure ne pas avoir eu le choix car « la vie est un présent que nous ont offert les dieux » et qu »il est de notre devoir d’en prendre le plus grand soin« . Voilà pour le prologue…

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Pascal Jousselin, imbattable dans l’art de jouer avec la bande dessinée

Imbattable, tome 1: Justice et légumes frais, Pascal Jousselin. Editions Dupuis, 48 pages, 10,95 euros.

Un nouveau super-héros vient d’apparaître. Imbattable. C’est sa qualité et son nom.

Aussi à l’aise pour sauver le monde des manigances d’un savant fou que pour récupérer un petit chat bloqué dans un arbre ou pour assister la gendarmerie pour préserver l’ordre public quand le maire de la ville provoque la colère dévastatrice d’un amateur de pétanque.

Et en plus de son masque et de sa cape, comme tout bon super-héros, il a aussi son jeune partenaire, Two-D boy. Mais, surtout, il a des pouvoirs uniques qui en font, vraiment, le « seul véritable super-héros de bande dessinée »…

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Ni Dieu, ni limites dans le dessin

Ni Dieu, ni eux, Tignous. Editions du Chêne, 96 pages, 14,90 euros.

La couverture annonce la couleur et la dénonciation par des dessins – parfois très cinglants – des dérives religieuses de tout poil et de toutes obédiences. Chacune des « grandes religions » instituées en prend pour son grade.
L’église catholique pour son opposition au mariage gay ou ses ambiguïtés quant aux cas de pédophilie de certains membres de son clergé ; l’islam avec ses intégristes radicaux et terroristes (et Tignous réinterprète deux fois le fameux dessin de Cabu qui avait provoqué l’éruption de colère contre Charlie hebdo) ou avec certain aspects rigoristes ; la religion juive à travers son instrumentalisation d’une part par le régime israélien actuel pour justifier l’annexion des territoires palestiniens, mais aussi en faisant un clin d’oeil à l’humour juif – avec notamment une planche très réussie ou le pape et un mollah affichent leur rêve de reprendre le pouvoir tandis qu’un juif traditionaliste souligne qu’eux respectent la démocratie, la preuve: « notre peuple a été élu » ! Même les bouddhistes ne sont pas épargnés (à travers une descente en flammes du Dalaï Lama…), la religion sikh (pour son manque d’humour) et les sectes improbables (pour l’escroquerie financière qu’elles représentent)…

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Un jour sans Jésus mais avec Paul, pas encore pote

Un jour sans Jésus, tome IV, Nicolas Juncker (scénario), Chico Pacheco (dessin). Editions Vents d’Ouest, 48 pages, 11,50 euros.

Dimanche de Pâques de l’an 33 après J-C. 14 heures. A défaut d’avoir vu ressusciter Jésus, les choses s’accélèrent à Jérusalem. Voire même partent carrément dans tous les sens. Eparpillés, les apôtres continuent à subir bien des avanies, découvrant des faux morceaux du Christ, voire même un imposteur se faisant passer pour Jésus, se faisant arrêter par les Romains (toujours persuadés qu’ils ont mis en application de « manger le corps » de leur Christ), se faisant pourchasser par le peuple de Jérusalem. Et voilà maintenant qu’un nouveau péril les guette: Paul (le futur Paul de Tarse, loin d’être encore converti au christianisme), une sorte de super-guerrier à la Conan à la solde des Saducéens qui l’ont requis afin d’éliminer les premiers chrétiens. Seule bonne nouvelle, les apôtres Pierre, Simon et Thadée ont peut être bien enfin retrouvé le (vrai) corps du Christ…

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L’Ekhö du sud profond et de l’intégrisme religieux

Ekhö, monde miroir, tome 6: Deep South, Christophe Arleston (scénario), Alessandro Barbucci (dessin). Editions Soleil, 48 pages, 14,50 euros.

On ne pensait plus revoir Fourmille Gratule, Yuri et tout ce « monde miroir » après le les révélations (partielles) du tome 5, aboutissement du cycle initié voilà déjà  quatre ans.

On retrouve donc ici la jeune et jolie héroïne, toujours à la tête de son agence d’artistes à New York, mais sans Yuri qui, amoureux incompris est parti en Louisiane mettre en place un réseau de communication par micro-messages transporté par des passereaux indigo. Parmi les vedettes de l’agence, Soledad, la « bomba latina » obtient un joli succès mais est pourchassé par le groupuscule religieux du révérend Fox qui n’admet pas de voir la chanteuse militer pour le le droit à l’IVG. Fourmille va alors accompagner la tournée de Soledad dans le « sud profond » de l’Amérique, jusqu’à la Nouvelle-Orléans, une tournée tumultueuse qui va s’avérer aussi forte en révélations…

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Un grand Livre

Le livre, Nicolas Arispe. Editions Le Tripode, 80 pages, 16 euros. Sortie le 11 mai

La relecture de la Bible tend à devenir un sous-genre de la bande dessinée. Au-delà des adaptations pieuses et didactiques, plusieurs grands noms s’y sont attaqués dernièrement comme Crumb, Winshluss ou Niko Henrichon notamment. L’Argentin Nicolas Arispe propose à son tour sa vision du Livre.
Piochés dans l’Ancien Testament, les sept courts chapitres qui composent cet ouvrage évoquent la Genèse, le sacrifice d’Abraham, la colère de l’archange Michel, la souffrance de Job, les lamentations du pauvre pêcheur, l’armée d’Ezechiel et enfin la mésaventure maritime de Job avec la baleine. Avec la reprise d’extraits du texte originel, accompagnés d’illustrations pour chacune des phrases. Et c’est bien ces dessins qui font toute la singularité de l’entreprise…

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