Premier plongeon dans l’ambiance
du festival 2012

J-7 à J-6 pour les 17e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens.

Rendez-vous habituel et avant-goût des Rendez-vous de la BD, la grande exposition de l’année – cette fois consacrée à Aquablue – a été inaugurée ce vendredi 25 mai au soir à la bibliothèque Louis-Aragon, en attendant le déploiement de l’autre partie, le week-end prochain, sur le site propre du festival. Petit résumé en texte et en images (avec la gracieuse participation de mon estimé confrère photographe du Courrier picard, Fred Douchet).

copyright : Fred Douchet / courrier picard

Présentation de l'expo par Régis Hautière. A ses côtés Séverine Montigny, directrice des bibliothèques.

Pas mal de monde en tout cas, autour de Régis Hautière, « commissaire » spécial de l’expo – et acteur de la relance de la saga – et de Séverine Montigny, jeune directrice des bibliothèques municipales d’Amiens Métropole et hôte de la manifestation, une visite commentée intéressante du dispositif choisi et, pour finir, de bons petits fours…

En l’absence de Gilles Demailly (maire PS d’Amiens) qui « aurait adoré être là » mais avait un empêchement professionnel (c’est bête), c’est donc Alain David, adjoint au maire en charge de la culture qui, après avoir excusé son édile, s’est chargé du petit mot d’accueil… sympathique on va dire, à défaut d’apparaître vraiment très convaincu ou convaincant. Et dont on retiendra surtout sa joie de voir la reconnaissance d »un art encore tout neuf comme la bande dessinée« . C’est vrai que depuis les premières bandes dessinées attribuées au suisse Rodolphe Töpfler, moins de deux siècles se sont écoulés…

copryright : Fred Douchet / courrier picard

De gauche aux droite : Séverine Montigny, Thierry Cavalié, Alain David et Régis Hautière.

Thierry Cavalié, président de l’association On a marché sur la bulle a, pour sa part, insisté sur l’importante collaboration existant entre les organisateurs du festival et le réseau des bibliothèques d’Amiens Métropole. Une action qui se concrétisera cette année encore par une bonne dizaine d’animations. Et, déjà, par la forte implication des équipes de la bibliothèque Aragon dans la réalisation de l’expo Aquablue et de son très réussi petit livret d’accompagnement, déjà évoqué ici. Sous la coordination de Baptiste Bleuart (un nom qui s’imposait pour Aquablue…), une dizaine de personnes ont été impliquées (Maamar Allal, Lawrence Bott, Deborah Boulanger, Marie-Pierre Cauvin, Géraldine Ferrand, Gisèle Lamendin, Catherine Platel, Clothilde Saint-Aubin, Corinne Senlis, Halima Tighersine, Stéphane Vue. Sans oublier Arnaud Tampigny, webmaster et graphiste à qui l’on doit la partie « interactive » de l’expo. Une exposition rendue un peu plus complexe, par la multiplication des auteurs concernés. « Mais les auteurs ont été très sympa, souligne Baptiste Bleuart, Vatine ou Isabelle Rabarot, qui faisait les couleurs, nous ont sortis des documents de leurs archives, etc. »

Inauguration de l'expo Aquablue, bibliothèque louis-aragon d'amiens, 25 mai 2012. Copyright : photo Fred Douchet / courrier picardAccrochée selon une logique chronologique, celle-ci occupe l’ensemble de l’espace dévolu aux expos dans les halls de la bibliothèque de la rue de la République. La première salle est consacrée aux quatre premiers cycles de la série, à travers une quarantaine de planches originales et des agrandissements de détails de vignettes. Le tout dominé par une grande bâche immergeant bien dans l’atmosphère de cette autre planète bleue qu’est Aquablue. Une bonne occasion de suivre et de constater l’évolution graphique qui s’est faite au fil des albums.

Inauguration de l'exposition Aquablue, bibliothèque Louis-Aragon d'Amiens, 25 mai 2012.Copyright : photo Fred Douchet / courrier picardLa deuxième salle est consacrée au nouveau cycle, initié par Régis Hautière et Réno. La difficulté, cette fois, étant que Reno travaillant seulement à la palette graphique… il n’y avait aucune planches originales à exposer. Difficulté contournée par la présentation de plusieurs cahiers de recherches graphiques, encadrés par plusieurs grandes bâches, zoom sur des vignettes extraites de l’album, permettant de saisir toute la précision et la méticulosité du travail du dessinateur.

Exemple ci-dessous avec le clin d’oeil à Starship Troopers, l’excellent film de Verhoeven, fait via un panneau lumineux noyé dans une vue générale d’une ville futuriste  (tête de la page 28 de l’album Retour aux sources)…

La bâche exposée à la bibliothèque

L'image générale du dessin

Détail de l'écran vidéo, situé au milieu de l'image, au dessus de l'autoroute.

Reno s'est amusé à reprendre, avec un luxe de détails, le slogan gimmick du film de Paul Verhoeven : "engagez vous dans la légion de l'espace"...

Exposition à voir jusqu’au 18 août.

 

 

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Le rouge bien noir

La mort de Staline, tome 2 : funérailles, Fabien Nury, Thierry Robin, éditions Dargaud, 64 pages, 13,99 euros.

8 mars 1953. Cette fois, ça y est, Staline est bien mort. Mais les effets de son régime de terreur sont encore bien présents. Et au politburo, intrigues et tensions sont à leur comble. Cette seconde partie du diptyque de Fabien Nury et Thierry Robin conclut cet épisode historique sur la même veine d’humour noir très sombre. Le « grand homme » n’étant plus, toutes les faiblesses de son entourage se révèlent: les crimes attribués au fils de Staline, médiocre alcoolique qui sera exfiltré vers un sanatorium pour éviter d’avoir à subir les accusations de l’armée, un flash-back sur la tragi-comique arrestation d’un flirt de la fille du dictateur soviétique – qui ne pouvait être, selon ce dernier, qu’un espion pour s’amouracher d’un « tel laideron », mais aussi la fusillade du peuple voulant venir assister aux funérailles, effet collatéral absurde et sanglant de l’opposition entre Béria, chef de la police devenu vice-président du conseil des ministres, et Kroutchev. Cette lutte pour le pouvoir, cristallisation des conflits au sommet de l’Etat, s’achève par la destitution du premier, au cours d’un putsch joliment mis en image ici, puis son exécution, qui marque la deuxième mort de Staline.

Un épisode crépusculaire, décrivant un univers bureaucratique bien terne, aussi terrifiant que grotesque, bien rendu par le dessin semi-réaliste de Thierry Robin. Quant à Fabien Nury, tout comme dans Il était une fois en France, il parvient avec bonheur à raconter les coulisses de l’Histoire.

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Signé DMz…

Petite explication de texte (et d’image plutôt) : DMZ est une série de comics US, créée par Brian Wood et Riccardo Burchelli dont la réédition débute chez Urban Comics, explorant l’épopée d’un jeune journaliste plongé dans une île de manhattan d’anticipation devenue une zone de non-droit… On y revient plus en détail prochaînement – d’autant que, graphiquement comme narrativement, cela a l’air intéressant, au prime abord.
Mais, déjà, constat clin d’oeil: le choix de ma signature de presse initialisée (D.Mz.) se voit désormais pleinement légitimée !

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Blueberry raconte…

La Jeunesse de Blueberry, tome 20 : Gettysburg. François Corteggiani, Michel Blanc-Dumont, Editions Dargaud, 19,99 €.

Blueberry + Gettysburg + le premier album depuis la disparition de Jean Giraud : il y avait au moins trois bonnes raisons de se jeter sur ce nouveau tome de La jeunesse de Blueberry ! Le 20e du spin off de la série qui en compte, elle, 28. C’est dire la part que prend « La jeunesse » dans la carrière du héros de bande dessinée le plus accompli de la catégorie western.

Tout commence par un joli clin d’œil au regretté Giraud (l’un des pères de Blueberry, l’autre étant l’immense et tout autant regretté Charlier) via une couverture qui rappelle largement celle du premier album de La jeunesse, sorti en 1975 (la série principale a été lancée en 1963 dans les pages du feu Pilote, mythique magazine de l’âge d’or de la BD). Et déjà de se délecter à l’idée de retrouver Mike Steve Donovan (le vrai nom de Blueberry) au cœur de la plus grande bataille de l’histoire de la guerre de sécession ! Remportée par le Nord sur le Sud, elle précipita la fin du conflit ; un massacre monstrueux en fait, avec près de 8000 morts et 27000 blessés en seulement trois jours (1, 2 et 3 juillet 1863) !

Oui, mais… Pour en arriver à l’évocation de Gettysburg, il faut attendre quelques pages et retrouver Blueberry qui se terre dans une cave avec un sergent, les deux hommes venant de fuir un traquenard pour sauver leur peau, Dès lors, à la manière de l’Oncle Paul durant la belle époque du journal de Spirou, Blueberry passe son temps à… raconter ! Son récit fera de l’album un livre d’histoire, grâce aux talents et à la précision des auteurs. Mais que ce bon vieux Mike nous fasse ce cours magistral est quand même un peu déstabilisant. Néanmoins, pour ceux qui auraient eu envie de lâcher l’affaire, la fin de l’épisode nous promet une suite plus « péchue »… Bon, et puis malgré tout, conteur de la Grande histoire et de ses propres petites histoires ayant fait sa légende, Blueberry n’en reste pas moins Blueberry ! Un argument suffisant non ? Pour les fans incontestablement.

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Un festival d’infos pour continuer

J-8 pour les 17e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens. 

La manifestation amiénoise commence à s’inscrire dans le paysage local. Et fait la « une », déjà, du JDA, le magazine institutionnel d’Amiens Métropole. Et son confrère de la ville d’Amiens, Amiens Forum lui consacre deux pages dont une interview de Régis Hautière.

Pour ce qui est du Courrier picard, il faudra patienter jusqu’au mercredi 30 mai, avec un cahier spécial de quatre pages sur les temps forts de cette édition 2012, plus d’autres articles à venir dans les prochains jours.

En attendant, Pascal Mériaux, l’estimé directeur d‘On a marché sur la bulle commence, via les réseaux sociaux, à distiller en rafales les infos, notamment concernant les auteurs ayant déjà confirmé leur présence. Notamment Bajram, Juanjo Guarnido, Marc Dubuisson, Kris, Ralph Meyer, sans oublier bien sûr toute la bande des auteurs du cru, Régis Hautière, Vincent Lemaire Dit Hardoc, Fraco Illustrateur, Olivier Frasier, David François, Francis Laboutique, Sofia, Nico Hitori De, Damien Cuvillier et Alex-Imé…

Egalement  bien sûr de la partie, Anlor, gagnante du prix du meilleur premier album des lycéens, avec sa série Les innocents coupables, qui sera récompensée par la Caisse d’Epargne de Picardie dès le jeudi 31 mai…

Et dès ce vendredi, inauguration officielle à la bibliothèque Aragon de l’expo Aquablue (dont le copieux Livret est téléchargeable ici).. confirmation qu’on plonge bien dans le grand bain bouillonnant de bulles…

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La guerre du Kosovo au-delà des clichés

La dernière image, une traversée du Kosovo de l’après-guerre, Gani Jakupi, collection Noctambule, éditions Soleil, 88 pages, 17,95 euros.

On avait découvert Gani Jakupi à travers son récit d’histoire-fictionnelle Les Amants de Sylvia, belle retranscription sensible et originale de la relation entre Ramon Mercader et la secrétaire de Trotsky qui allait lui permettre d’assassiner le chef de la IVe Internationale. Une approche qui séduisait déjà par sa finesse et son refus de tout manichéisme.

Cette fois, l’auteur kosovar revient sur une page d’Histoire encore plus tragique et personnelle : celle de la guerre au Kosovo et de son sanglant bilan. Avec un roman graphique sous forme du « making-of » du reportage qu’il aurait dû écrire et qui n’est jamais paru dans le quotidien espagnol qui l’avait missionné là-bas en tant que journaliste… afin qu’il raconte son retour au pays. Une mise en abîme plutôt délicate donc, et risquant toujours de basculer dans l’auto-fiction nombriliste. Mais s’il se met bien en scène, c’est toujours avec recul et non sans ironie. Son style graphique, réaliste et proche du carnet de route, rehaussé d’une couleur à dominante marron-orangé, tout comme ses textes exclusivement en voix off, participent de cette distanciation.

Et d’une approche totalement subjective et personnelle, ce « récit intimiste » (ainsi qu’il est catalogué par son éditeur) aboutit à livrer un regard finalement très objectif sur la réalité de cette sale guerre, doublé d’une réflexion sur la force et l’impuissance du journalisme.

Parti en juin 1999, au moment ou s’opère le retrait de l’armée serbe et où vont s’arrêter les bombardements de l’OTAN, son périple dans son pays de naissance va le confronter à la réalité des villes détruites, des fosses communes… mais aussi aux relations conflictuelles avec le photographe qui l’accompagne. Ce second aspect s’élargit à une description plus globale de ce milieu des photoreporters de guerre, sur lequel il porte un regard critique – sur les dérives sensationnalistes, la recherche du scoop – mais aussi empathique, sur les qualités humaines qu’ils manifestent et leur engagement réel sur le terrain.

Joliment édité (occasion de saluer encore une fois le travail fait dans cette collection Noctambule, qui fait un sans-faute dans ses parutions jusqu’ici), l’ouvrage se complète d’un copieux dossier d’entretien « intimes » avec plusieurs grands reporters, protagonistes évoqués dans le récit. Une manière intelligente de poursuivre la réflexion sur le journalisme et de remettre encore plus en perspective cette enquête autobiographique.

A noter aussi, pour aller encore plus loin, l’intéressant entretien, paru début mai, que Gani Jakupi a accordé au site actua BD, dans lequel l’auteur précise fort bien le sens de sa démarche. Une démarche qui s’exprime dans l’exergue de la postface du livre, une phrase de Jean-Paul Sartre extraite d’un article des Temps modernes sur la littérature : « Un auteur écrit toujours pour que personne ne se considère innocent de ce qui se passe dans le monde. » Objectif atteint ici, avec ce bel album graphique qui donne à réfléchir. Une Dernière image qui reste en tout cas longtemps imprimée sur la rétine, comme un magistral témoignage sur la guerre, ses victimes et ceux qui sont chargés de la « couvrir ».

 

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Bois-Maury dans l’enfer vert
de la forêt amérindienne

Bois-Maury, tome 15 : oeil-de-ciel, Hermann, Yves H., éditions Glénat, coll. Vécu, 48 pages, 11,50 euros.

La saga épique des Bois-Maury se poursuit. Faisant un bon du XIVe au XVIIe siècle. Après avoir dans le premier cycle décrit les périples de son chevalier errant, du nord de l’Europe jusqu’en Palestine dans le Haut Moyen-Age, Hermann raconte désormais le destin de certains des descendants de son héros.

Toujours avec son fils, Yves « H » au scénario, il franchit l’Atlantique, en 1660, avec les conquistadors espagnols, embarquant « el senor » Bois-Maury avec une expédition partie chercher une mythique cité d’or au coeur du Yucatan.

Pas de séquence d’exposition, ni de présentation, le lecteur se retrouve plongé d’entrée dans l’action. Attaqués et décimés par les indiens, quelques rescapés parviennent à s’enfuir, emmenant avec eux un prisonnier – que Bois-Maury est le seul à l’avoir entendu s’exprimer en français. En 48 pages, sans répit – déferlement de violence et de haine dans une parfaite unité de temps, de lieu et d’action – vont se dévoiler les tensions et les obsessions de chacun, du capitaine couard au prêtre désireux d’appliquer le credo de l’inquisition en en pleine forêt équatoriale et un héros, prêt à les perdre tous pour atteindre son rêve. Comme souvent, le plus « humain » et « civilisé » est le guerrier indien, dont on connaîtra aussi le secret.

Sur ce rythme nerveux et rapide, le dessin d’Hermann se déploie avec majesté, dans un enfer vert traversé par quelques personnages aux traits saillants, énergiques, aux visages fiévreux, déformés par cette folie qu’un film comme Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog – auquel cet Oeil-de-ciel fait fortement penser – avait su aussi bien rendre.

Un album efficace, rapide, bien construit comme une chronique d’une mort annoncée et qui répond bien au cahier des charges de la série.

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Le festival avant le festival d’Amiens

Dernière ligne droite avant le festival de bande dessinée d’Amiens (qui aura lieu les 2 et 3 juin). D’ores et déjà, différentes manifestations et expositions sont en place ou en passe de l’être.

Depuis le 14 mai, les expositions consacrées à Okko et à Renaud Dillies, un drôle d’animal, sont visible à la présidence de l’UPJV et à la bibliothèque universitaire, sur le campus d’Amiens (vernissage ce mardi 22 mai à 17h30).

Aujourd’hui encore, début de l’expo Le laboratoire de la bande dessinée à la bibliothèque Hélène-Bernheim (avant d’autres lieux) et des expos Anuki et Aquablue à la bibliothèque Louis-Aragon (à noter, ce vendredi 25 à 18 heures, le vernissage de l’expo Aquablue en présence du scénariste Régis Hautière).

Demain, comme déjà annoncé, le lycée Delambre d’Amiens va accueillir l’expo Le bleu est une couleur chaude.

En parallèle, toute la semaine, Kokor (dont le nouvel album Supplément d’âme, à paraître chez Futuropolis est très attendu, en ce début juin) est en résidence autour de Chauny, dans l’Aisne (table-ronde ce vendredi 25 mai à 18 heures à la bibliothèque de Chauny). Avec des rencontres publiques et scolaires et des ateliers autour de la thématique «rencontre et initiation à la BD» (ces derniers auront lieu ce 22 mai de 17 à 19 heures à Tergnier, mercredi 23 mai de 10 à 12 heures à Condren puis de 14 à 16 heures à Sinceny et samedi 26 mai de 14 à 16 h à Chauny).

Durant cette même semaine, Olivier Supiot, lui est en résidence dans la Somme.

 

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La crise espagnole décryptée
de l’intérieur

La crise de l’euro et ses dramatiques conséquences vu de l’intérieur d’un des pays qui en a le plus souffert pour l’instant : l’Espagne. Auteur de L’hiver du dessinateur, le dessinateur espagnol Paco Roca décrit et analyse cette crise et ses causes – la spéculation et la bulle immobilière dans une économie Monopoly déconnectée du réel – en partant de son expérience de jeune espagnol. Et il en tire, en une dizaine de planches claires, pédagogiques et non dénuées d’humour, les conséquences pour l’avenir, une fois la pyramide du capitalisme complètement détruite: une meilleure répartition des richesses et une société plus éthique. A lire pour mieux comprendre la situation actuelle.

Cette Chronique d’une crise annoncée a été publiée en ce mois de mai dans les pages de El País semanal. Elle peut désormais être lue en français, grâce aux éditions Rackham, qui l’ont traduite et mise en ligne (ou rendue accessible en version téléchargeable). Le tout en accès libre.

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Ces bêtes qui ensanglantèrent la Sicile
une histoire de Cosa Nostra

La pieuvre, quatorze ans de lutte contre la mafia, Manfredi Giffone, Fabrizio Longo, Alessandro Parodi, éditions Les Arènes, 416 pages, 27 euros.

Avec ses personnages humains à tête d’animaux et son récit policier, La pieuvre affiche une certaine parenté avec Blacksad, la série phare de Guarnido et Canales. Sauf qu’ici, dans cette plongée sur une quinzaine d’années de lutte contre la mafia sicilienne, tout est vrai, ou le plus documenté possible. Et loin du romantisme glamour du Parrain de Coppola.

Certains, en Italie ont vu dans ce magistral roman graphique de ces trois jeunes trentenaires, le Maus de l’Italie. L’implantation de la mafia dans la société italienne n’a bien sûr rien à voir avec l’idéologie raciale nazie et le récit est ici particulièrement choral, loin de l’introspection familiale de Spiegelman. Mais, effectivement, les deux ouvrages ont bien quelques points communs. Notamment celui d’en ressortir gratifié et plus intelligent.

Il faut ainsi avoir le courage de s’y plonger, de s’y perdre parfois. de s’accrocher. Un effort payant, cependant, car le résultat est, ici aussi, assez magistral. Et l’emprise de la « pieuvre » aura rarement été aussi bien décrite, avec ses multiples ramifications sur la société transalpine et, surtout, en rattachant les fils de différentes affaires qui ont défrayé la chronique italienne tout au long des années 80. Il faut donc accepter de ne pas saisir, au départ, tous les noms des protagonistes, ne plus trop arriver à remettre une identité sur un visage – ou un mufle – ne retenir que les patronymes les plus emblématiques, ceux du général Della Chiesa, du juge Falcone ou de l’inoxydable président du conseil, Giulio Andreotti (un glossaire biographique des personnages, en fin d’ouvrage, permet néanmoins de s’y retrouver assez facilement).

Le parti pris du dessin animalier de Fabrizio Longo et Alessandro Parodi – deux Gênois sortis de la Scuola Chiavarese del Fumetto – rehaussé à l’aquarelle, sert, de ce point de vue bien le propos, en donnant une force peu commune à ces tueurs à tête de sanglier, ces parrain aux airs de babouin ou de tigre, ces hommes de mains au profil de cochons, un Andreotti en fennec – ci-contre – au faux airs du Yoda de StarWars !) ou le juge Falcone en gros chat. Le petit format et le gauffrier classique accentuant encore le côté oppressant et étouffant de cette tragédie italienne.

L’histoire, qui suit un strict défilement chronologique, débute en 1978. Alors que l’Italie est traumatisée par la découverte de la mort d’Aldo Moro, tué par les Brigades rouges, en Sicile, une terrible bataille s’annonce entre les clans mafieux. Début d’une décennie sanglante. Un conflit à fronts multiples, entre police, justice et malfaiteurs, mais lutte interne aussi entre clans, d’où va émerger la figure, psychopathe, de Toto Riina.

Face à cette vraie guerre – près d’un millier de morts entre 1981 et 1983 ! – sur fond de trafic de drogue, va naître le « pool anti-mafia », qui permettra d’aboutir au « maxi-procès de Palerme », en 1986 et 1987, avec ses 474 inculpés. Mais aussi à la remise en cause des pouvoirs des juges. Luttes internes à la magistrature, scandale de la Loge P2 (où l’on voit apparaître le nom, alors peu connu de… Silvio Berlusconi !), opération « mains propres » qui va décapiter la classe politique et jusqu’à l’émergence du fantasmatique réseau « Gladio » activé par les services secrets et la CIA pour combattre une éventuelle menace communiste, c’est tout le système de Cosa Nostra et ses ramifications politico-économiques qui est disséqué. La pieuvre aux multiples tentacules est mise à nu ici avec une force narrative indéniable.

Pour son premier scénario de bande dessinée, Manfredi Giffone réussit un coup de maître. Une page d’histoire et un bel hommage rendus aux juges Falcone et Borselino, dont l’assassinat, en 1992, sert d’épilogue – provisoire – au livre.

 

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