L’enfer des Vosges durant la Première Guerre mondiale

La guerre des loups, l’enfer du Lingekopf, Victor Lepointe. Editions Pierre de Taillac, 64 pages, 14,90 euros.

Le secteur des Vosges n’est pas le théâtre d’opération le plus connu du front occidental durant la Première Guerre mondiale. C’est celui choisi par Victor Lepointe pour évoquer un des faits saillants dans le secteur: l’offensive menée durant l’été 1915 par les chasseurs alpins (qui en gagneront le surnom de « diables bleus ») contre les positions ennemies retranchées dans les hauteurs du Linge (Lingekopf en Allemand). Une attaque – débutée le 20 juillet, il y a tout juste 101 ans – qui préfigure les assauts suicidaires qui allaient suivre, sur un rythme encore plus effroyable, les années suivantes. Ici, en trois mois, 17 000 hommes tomberont, dont 10 000 français, dans ce « tombeau des chasseurs ».

Antoine, berger dans la Loire est l’un de ces « diables bleus ». Affecté au 14e bataillon de chasseurs depuis l’été 1914 et parti en guerre avec le sentiment qu’il allait devoir de nouveau affronter les loups. « La même trouille à l’intérieur du ventre« . Envoyé sur le front vosgien, il s’affronte d’abord au froid, à la longue attente, trouvant réconfort en écrivant à sa fiancée, la belle Léonie, jusqu’à ce que l’enfer des combats ne l’emporte… Lire la suite

Le happening spatial de Kris et Martin Trystram

Infinity 8, tome 4: Guérilla symbolique, Lewis Trondheim et Kris (scénario), Martin Trystram (dessin). Editions Rue de Sèvres, 96 pages, 17 euros.

L’Infinity 8 arrive à mi-parcours du space opera cyclique conçu par Lewis Trondheim et Olivier Vatine. Le vaisseau spatial, lui, est toujours bloqué devant l’immense nécropole intergalactique « grande comme le système solaire » (avant que celui-ci ne soit détruit). Cette fois, c’est l’agent Patty Stardust, à la splendide coiffure afro, qui est convoquée par le capitaine de l’Infinity afin d’explorer l’amas galactique pendant une boucle temporelle de 8 heures. Et ce au risque de griller son travail d’infiltration auprès de la Guérilla symbolique. D’autant plus gênant que le gourou de ce groupe artistico-révolutionnaire, embarqué sur le vaisseau et suivi par tous les médias, est sur le point de créer un happening gigantesque impliquant le mausolée géant du « club des 27 » (Jim Morrison, Brian Jones, Kurt Cobain, etc.). Mais Patty devra aussi se débarrasser du collant Mister Moosh, journaliste auto-proclamé aux 87 millions de followers…

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Magritte : ceci n’est pas une biographie, mais une réussite !

Magritte, ceci n’est pas une biographie, Vincent Zabus (scénario), Thomas Campi (dessin). Editions Le Lombard, 64 pages, 14,99 euros.

Magritte a cassé sa pipe il y a cinquante ans, le 15 août 1967 à l’âge de 68 ans. Cette année, la Belgique lui rend honneur avec une « année Magritte » déclinée en de nombreuses manifestations culturelles.
Les éditions du Lombard (également belges) ont anticipé l’événement en sortant en fin d’année dernière cet album, sinon surréaliste, du moins reflétant fort bien l’esprit du peintre. Un album à la fois fantaisiste, pédagogique et d’une très belle facture graphique.
Une biographie dessinée qui n’en est donc pas une, puisqu’elle conte la singulière aventure advenue à Monsieur Singulier. Un homme qui, malgré son patronyme, est tout à fait ordinaire. Employé de bureau discret, il s’est offert la fantaisie d’acheter un chapeau melon sur le marché des Marolles, à Bruxelles, afin de fêter la promotion qui l’attend le lendemain. Mais une fois posé ce chapeau (celui de Magritte !) tout dérape. Non seulement il ne parvient plus à se défaire de ce couvre-chef, mais il se voit contraint par des personnages fantasmatiques issus de l’oeuvre du peintre de percer les mystères de son monde, faute de quoi le chapeau restera éternellement vissé sur son crâne !
L’investigation va débuter par une soirée consacrée à l’artiste, où il rencontre la conférencière, une jeune femme surprise et amusée par ce monsieur coiffé du chapeau de Magritte. Ensemble, ils vont basculer dans la vie et l’oeuvre du peintre. Une immersion qui va tout changer…

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Le grand samouraï commence à se démasquer

Le masque de Fudo, tome 2: pluie, Saverio Tenuta. Editions Humanoïdes associés, 48 pages, 14,20 euros.

Nobu Fudo, l’implacable guerrier, continue de fourbir sa vengeance contre le shogun. Lui ayant révélé mort d’un des soutiens de l’empereur, Nobu se voit nommé général et samouraï de Fujiwara Sama, ce qui lui donnera l’occasion de l’approcher et de le tuer. Mais il lui restera cependant à se débarrasser de Kaida, redoutable et belle guerrière, que Fudo a bien connu jadis. Alors qu’il n’était encore que le jeune Shinosuke, Kaida l’a recruté pour qu’il vienne se placer au service du dojo de Maître Hogen, lui aussi fasciné par le pouvoir du masque. Au cours de cet enseignement féroce et sanguinaire, il sera, comme ses compagnons, mis face à son passé…

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Un été BD pas très dense, mais riche dans la presse

L’été est toujours (plus ou moins) propice à l’extension de l’offre de presse en matière de bande dessinée. L’engouement est certes moins fort cette année, mais quelques titres proposent de nouveau à leurs lecteurs des séries graphiques d’été.

Comme déjà évoqué, le Courrier picard poursuit sa marche avec La Guerre des Lulus, et prépublie en exclusivité durant l’été les planches du tome 5 (à paraître mi-novembre aux éditions Casterman). Dernier tome – se déroulant en 1918 – de cette série des deux auteurs picards Hardoc et Hautière.
Parmi nos confrères de la presse quotidienne régionale, Sud Ouest exhume (mais uniquement dans son numéro du dimanche) des planches strips de De Gaulle à la plage de Ferri – pas vraiment une nouveauté, mais d’un humour qui fonctionne toujours.
Dans un autre genre, Corse Matin propose la bande dessinée de Philippe Antonetti Corsica 1919, tous les jours… et en langue corse…

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Edelweiss, une vie à gravir à deux

Edelweiss, Cédric Mayen (scénario), Lucy Mazel (dessin). Editions Vents d’Ouest, 96 pages, 17,50 euros.

C’est au cours d’un bal typique de l’après-guerre qu’Edmond (dit « Mommon ») jeune ouvrier chez Renault, rencontre Olympe, fille d’un riche bourgeois et en quête d’émancipation. Désireuse de gagner sa vie toute seule, grâce à son travail de couturière, elle partage néanmoins la passion familiale pour la haute montagne, depuis que l’arrière-grande tante, Henriette d’Angeville, a été la première femme à avoir gravi le Mont-Blanc. Et elle entend bien s’inscrire dans les pas de son aïeule.
Différents obstacles vont se dresser devant le jeune couple: les réticences du père d’Olympe de voir sa fille mariée à un simple ouvrier, le départ d’Edmond au service militaire, au 13e BCA de Chambéry, ce qui ne ravit pas le parigot pure souche qui n’a jamais quitté la capitale. Une double opportunité les rapprochera ensuite de cette montagne qui va les unir pour le meilleur et le pire. Et malgré les a-coups de l’existence, qui ne les épargneront pas, ils vont conserver cette détermination à atteindre ce rêve désormais partagé…

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Quand Matra dominait Le Mans

24 Heures du Mans – 1972-1974 : les années Matra, Denis Bernard (scénario), Christian Papazoglakis et Robert Paquet (dessin). Editions Glénat, 48 pages, 13,90 euros.

Il y a quarante-cinq ans, passionné de course automobile, le président de la République d’alors, Georges Pompidou, donnait le départ des 24 heures du Mans… et d’un cycle de trois ans qui fera date dans la grande histoire de l’épreuve mythique. Parce que… Matra !

Jusqu’alors spécialisée dans l’armement, la firme française dirigée par Jean-Luc Lagardère s’était lancée huit ans plus tôt dans la course automobile. D’abord en Formule 1, avec à la clé le titre de champion du monde. Puis au Mans. Où rien n’est jamais simple. Aussi Matra mettra plusieurs années à s’imposer.

Mais à partir de 1972, les superbes voitures aux longues robes bleues deviennent imbattables et réalisent un triplé 72-73-74 avant de se retirer. Le triple vainqueur Henri Pascarolo, Gérard Larrouse, Jean-Pierre Beltoise, François Cevert, Jean-Pierre Jabouille… Autant de noms identifiés à une époque formidable où Le Mans était La Mecque du sport auto.

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Mob Psycho 100, esprit (barré) es-tu là ?

Mob Psycho 100, tome 1, One. Editions Kurokawa, 192 pages, 7,65 euros.

Surnommé Mob, Shigeo Kageyama est un collégien sans histoire. Au premier abord seulement car le garçon possède d’étonnants pouvoirs psychiques. Capable de tordre la matière, de soulever de lourdes charges et surtout de repérer les esprits, il fait équipe avec son maître Arataka Reigen, un personnage en costume-cravate qui se prétend médium.

L’homme est en réalité un charlatan qui profite des facultés de son disciple pour se faire de l’argent. En retour Mob reçoit 300 yens de l’heure, soit un peu plus de deux euros… Bonne poire, il n’aspire qu’à conquérir le cœur de son amie d’enfance, Tsubomi, qui ne lorgne de son côté que sur les athlètes. Pas de chance pour Mob qui décide donc de rejoindre le club de culturisme alors que celui de télépathie, menacé de suppression, fait des pieds et des mains pour l’attirer dans ses filets. Mais Mob est une tête de lard. Il lâche le club de télépathie pour finalement très vite déchanter, se rendant compte que son corps chétif n’a pas vraiment la puissance de son esprit. L’âme en peine, le télékinésiste est alors embrigadé par la secte du Smiley (on ne rit pas merci) dont les membres arborent tous un sourire figé et inquiétant. Leur gourou, en fait un esprit maléfique qui a pris possession d’un salaryman nippon, tente à tout prix de convertir ce collégien récalcitrant. S’engage alors un combat psychique de haute volée…

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C’est fort, Apache !

Apache, Alex W.Inker. Editions Sarbacane, 128 pages, 22,50 euros.

On peut saluer le jury du Prix Polar BD SNCF d’avoir mis en lumière Apache. Et on peut noter l’ouverture d’esprit du prix décerné par une entreprise de transports pour un ouvrage qui se déroule dans le huis-clos d’un bar parisien des années 1920 !

Un bar miteux dans lequel s’arrête, à la nuit tombée, un couple bourgeois atypique: une jolie métisse et son micheton, gros homme acariâtre qui attend avec angoisse les résultats des courses de la « Grande nuit de Longchamp », sur lesquelles il espère toucher le pactole. Délaissée, la jeune femme engage la conversation avec le barman, ex-boxeur qu’un coup trop violent lors d’un match truqué à envoyé au bagne. Arrivera ensuite le chauffeur du couple, antipathique et à l’origine de cet arrêt impromptu pour cause d’incident mécanique. Des rebondissements tragiques viendront révéler les liens noués entre tous les personnages…

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De retour dans le « Courrier picard » : « Les Lulus, une guerre à hauteur d’enfants »

Le cinquième épisode de La Guerre des Lulus sort en septembre. Il sera aussi prépublié tout l’été dans Le Courrier picard. Spécialisé en bande dessinée sur la Guerre de 14-18 Vincent Marie apporte son regard d’historien sur la série.

Dès ce lundi 10 juillet et durant tout l’été, les « Lulus », jeunes héros des auteurs samariens Hardoc et Hautière, seront hébergés dans le Courrier picard. Dans une version « collector » en noir et blanc, avant la parution de l’album, couleurs, à la rentrée.
Des retrouvailles familières puisque cela fait trois étés que nos lecteurs peuvent suivre, en prépublication et en avant-première les péripéties du quatuor d’orphelins bousculés par la Grande Guerre.

Après s’être réfugiés dans les bois de l’Aisne, avoir tenté de se cacher au Familistère de Guise puis s’être retrouvés malencontreusement en Belgique, Luigi, Lucas, Ludwig et Lucien ont rejoint de nouveau la France. Laissant leur amie Lucie chez ses grands-parents outre-Quiévrain, on les retrouvera, en ce début d’année 1918 et de cinquième album, dans les Vosges. Toujours derrière les lignes allemandes et alors qu’une résistance se met en place. Au début de l’album, ils seront en bien mauvaise posture (voir vignette ci-dessus)… On se gardera donc de dévoiler l’intrigue. Sinon pour noter que pour la première fois depuis le début de la guerre, le groupe va être contraint de se séparer.

Pour évoquer la place occupée par cette série jeunesse (mais tout public) dans la production d’albums de bande dessinée sur la Première Guerre mondiale, entretien avec Vincent Marie, agrégé d’histoire, auteur notamment du documentaire Là où poussent les coquelicots et qui fut commissaire de la première grande expo consacrée à BD et 14-18 à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne…

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