Anuki, de retour au grand galop

Anuki-4-couvAnuki, tome 4: duel dans la plaine, laurent sénégas (dessin), Frédéric Maupomé (scénario). Editions de la Gouttière, 40 pages, 9,70 euros.

Il n’est désormais plus vraiment utile de présenter Anuki, le petit indien de Laurent Sénégas et Frédéric Maupomé, devenu une valeur sûre des éditions amiénoises de la Gouttière.  Et, une fois de plus, la série va en se bonifiant.

L’hiver est passé et, avec le retour du printemps, Anuki se cherche un cheval. Mais cela n’a rien d’évident. A l’image des castors, des ours ou des loups des épisodes précédents, les chevaux ne s’en laissent pas conter. Et surtout quand un petit iroquois a aussi la même idée. La rivalité tourne à la bagarre, puis à la complicité, grâce à quelques carottes chipées à un vieillard tenace. Et c’est en copains que les deux enfants se rendront compte que les adultes, aux prises en parallèle, avec des bisons, connaissent les mêmes difficultés à cohabiter…

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Une très bonne histoire belge

histoire de la belgiqueHistoire de la Belgique pour tous, racontée par Cow Boy Henk, Herr Seele, Kamagurka. Editions Frémok,

En ce lendemain de (leur) fête nationale et alors que le pays est (encore…) en recherche d’un gouvernement, il est toujours temps de se pencher sur l’histoire de la Belgique. Surtout quand elle est contée par Cow-Boy Henk, cet autre héros à la houpette venu d’Outre-Quiévrain…

Des « premiers âges à la chronique d’une mort annoncée, en passant par le Saint-Empire, les guerres de religion et le colonialisme« , ici l’ambition est clairement pédagogique et édifiante, ainsi que l’expose la préface, paraphée du personnage fétiche de Seel et Kamagurka: « inculquer les nobles sentiments patriotiques et l’esprit national, de toutes parts en plein regain, les renforcer les affiner, tel est le but du présent livre. »

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Prokon et profond à la fois

prokon-couvProkon, Peter Haars. Editions Matière, 64 pages, 13 euros.

Produire et consommer. Produire ce qui va être consommé et consommer ce qui a été produit. C’est la base du système de la ville de Prokon (contraction de Produktion-Konsommation), ville idéale ou tout le monde travaille et où tout le monde est heureux. Mais la machine va se gripper lorsque qu’un super-méchant, le Dr Dracenstein, invente un « spray d’éternité » rendant les objets inusables. Et même Ultra-héros, le super-héros défenseur de la cité se montre impuissant. Heureusement, la société a encore un moyen de se défendre: le prokon-encéphale et sa propagande diffusée par les ondes…

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Tel Aviv sur le vif

Ko Tel-aviv2-couvK.O. à Tel Aviv 2, Asaf Hanuka. Editions Steinkis, 96 pages, 16,95 euros.

Alors que le conflit israélo-palestinien se rappelle, de façon sanglante à nos mémoires, sous la forme d’une fausse équivalence entre tirs de roquettes et bombardements aériens (pour l’instant), ce deuxième volume des chroniques autobiographiques d’Asaf Hanuka, sorties voilà trois mois en France, prend encore plus de relief et d’actualité.

Juif arabe de famille d’origine irakienne, Hanuka est dessinateur et illustrateur. Membre de cette nouvelle génération d’auteurs israéliens que l’on commence à découvrir en France, comme Michel Kichka ou Rutu Modan.

Dans la vision métaphorique de sa vie quotidienne à Tel-Aviv, il se décrit en citoyen désenchanté, en artiste déprimé, en père de famille angoissé, vivant dans la peur de la maladie, victime de son smartphone, de la toute puissance filiale ou en crise conjugale. En arrière-fond, s’impose une ambiance paranoïaque (avec son quotidien de masques à gaz et de refuges anti-aériens – réalité plus immédiatement perceptible aujourd’hui).

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5 albums pour 10 euros : le prix de la découverte jusqu’à fin juillet

Cela commence comme une petite histoire en forme de parabole d’un marché de la bande dessinée entre surproduction et crise économique du secteur. Et ça se termine par une opération inédite de promo-découverte par trois éditeurs indépendants. Et une librairie d’Amiens joue le jeu.
Au final : 5 albums pour 10 euros !

donc-sbamUn auteur, un éditeur, un libraire et un lecteur assis dans un café, la mine morose.
-  « Les auteurs ne trouvent plus d’éditeurs pour défendre leurs œuvres les plus innovantes… dit l’auteur en jetant un regard lourd de reproche à l’éditeur.
– « Les éditeurs ne peuvent pas forcer les libraires à défendre la création« … dit l’éditeur en jetant un regard noir au libraire.
– « Les libraires ne peuvent pas commander ce que les lecteurs n’ont plus la curiosité d’acheter« … dit le libraire en jetant un regard courroucé au lecteur.
– « Les lecteurs ne peuvent pas prendre tous les risques pour faire plaisir aux auteurs« … dit le lecteur en jetant un regard abattu à l’auteur.
– « Si seulement mes livres étaient lus, peut-être qu’ils se vendraient ! » se défend l’auteur.
– « Chez moi, on achète avant de lire ! » s’insurge le libraire.
– « Je veux savoir ce que j’achète avant de bouquiner ! » se rebiffe le lecteur. »
L’éditeur sourit alors avec condescendance: « En quelque sorte, il faudrait que l’éditeur donne gratuitement ses livres les plus difficiles au libraire pour que celui-ci les propose à un prix symbolique au lecteur afin que ce dernier accepte de prendre le risque de la découverte? Qui pourrait bien faire une chose pareille ? »

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« Avec les Vélo maniacs, on est bien calés dans le peloton »

Comme chaque été, le Courrier picard remet la bande dessinée au goût du jour. Et au rythme quotidien. Première série, débutée ce jour : les Vélo maniacs, opus 10 avec Laurent Jalabert en guest star. Et entretien introductif avec le scénariste, Jean-Luc Garréra.

Alain Julié et Jean-Luc Garréra, en tandem pour leur série sur le vélo.

Alain Julié et Jean-Luc Garréra, en tandem pour leur série sur le vélo.

Il n’y a pas que le Tour dans le monde du vélo, même si elle demeure l’épreuve reine du cyclisme. Il y a aussi tous ces coureurs du dimanche, individuels ou dans des petits clubs, qui empoignent leur vélo (ou leur VTT) dès les beaux jours arrivés pour enquiller les cols ou les kilomètres. C’est un peu du premier et beaucoup du deuxième univers dont traite les Vélo Maniacs, la série de Jean-Luc Garréra et Alain Julié, aux éditions Bamboo. Avec un humour jamais méchant et qui parvient à se renouveler quand même depuis dix albums déjà. Jusqu’au 3 août, les lecteurs du Courrier picard pourront en juger, avec des planches issues du tout récent album, opus 10. Une série de bande dessinée idéale pour accompagner le Tour jusqu’à fin juillet.

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Une fête nationale pour les 80 ans de Gotlib

Gotlib et toutes ces choses-couvGotlib et toutes ces sortes de choses…, coordination Gérard Viry-Babel. Editions Fluide glacial, 152 pages, 30 euros.

Pas mal de feux d’artifices sont annoncés pour ce 14 juillet 2014. Une vraie fête nationale. Et ce n’est que justice afin de célébrer à sa juste dimension les 80 ans de Gotlib.

Le petit Marcel Gotlieb est en effet né le 14 juillet 1934. Cette fibre patriotique manifestée par ses parents n’empêchera pas le petit Marcel d’avoir brodé sur son pull une étoile jaune durant la Seconde Guerre mondiale. Ni, plus dramatique encore, de voir son père mourir en déportation. Une enfance qu’il évoquera pudiquement par la suite, au détour d’un dessin ou d’une planche de la Rubrique-à-brac, devenue partie intégrante du patrimoine culturel français (tout comme, dans la même veine, on ne saurait oublier la création du personnage de SuperDupont, créé avec son compère Jacques Lob).

Dessin paru dans Fluide glacial en juillet 1977.

Dessin paru dans Fluide glacial en juillet 1977.

Après avoir eu sa chance au journal Vaillant, où il créera Nanar et Jujube puis Gai-Luron, Gotlib voit s’ouvrir les portes de Pilote, en 1965. C’est là, avec Goscinny au scénario qu’il immortalisera ses « DingoDossiers », avant de poursuivre, seul, sa « rubrique-à-brac ».

Par envie de liberté et d’indépendance, il crée avec Brétecher, Mandryka  L’écho des savanes, en 1972 puis, autre date à graver dans le marbre de la création culturelle hexagonale, Fluide glacial, le 1er avril 1975. Forcément, avec une telle date de naissance – doublée de celle de son « patron » – les auspices ne pouvaient qu’être propices. De fait, malgré quelques soubressauts et ressac – notamment dans la dernière période – le magazine d’umour et de bandessinée est toujours là. (et fêtera, pour sa part, ses 40 ans l’année prochaine – une coïncidence apparente qui devrait faire cogiter les amateurs de numérologie conspirationniste).

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Mandy bulle chez Daniel Maghen

Le travail de Dean Yeagle est encore visible pendant une semaine à la galerie Daniel Maghen, à Paris.

MandyOriginellement égérie dans Playboy US, Mandy est le personnage fétiche de Dean Yeagle. Intemporelle, elle a traversé les époques en conservant toute sa fraicheur. Occasionnellement accompagnée par Skoots, son chien, elle est le sujet de tous les originaux présentés pour cette exposition visible jusqu’à la fin de la semaine prochaine à la galerie Daniel Maghen.

On retrouve la pétillante et sexy bimbo à scooter, à la plage ou en terrasse d’un café.

Plus d’une centaine de pièces autour de cette nymphe des temps modernes sont proposées sur la durée de cette exposition : une quarantaine de crayonnés et de recherches ainsi qu’une soixantaine d’illustrations au crayon de couleur sur papier.

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Le sexe par la bande

9791020400956sexeetbd2014.jpg_630_820_1Beaux Arts remet le couvert. Deux ans et demi après un premier hors série, le magazine creuse de nouveau le sujet « Sexe & BD ». Avec l’objectif de s’intéresser à « une bande dessinée dont l’érotisme est de plus en plus cérébral » et d’évoquer les « territoires moins convenus mais pas moins troublants » du genre, comme l’évoque Thierry Taittinger dans l’éditorial.

En 144 pages, mix équilibré de planches et d’articles, ce numéro ne fait bien sûr que survoler son sujet. Mais il pose quelques jalons, avec des évocations d’Horacio Altuna, Liberatore, Crepax, le picard d’adoption Paul Gillon, le dessinateur hyperréaliste de Lui Aslan, ou Serpieri et son égérie Druuna (qui fait la couverture du numéro… et dont on apprend la source d’inspiration réelle). Plus un intéressant entretien avec Milo Manara.
Dans une seconde partie, Beaux Arts propose quelques sujets plus thématiques sur le « come-back des pin-up », les procès en justice intentés à des BD ou les héroïnes libérées et libératrices des « sexties » telles Barbarella de Forest ou Pravda de Pellaert.
En conclusion, on notera le joli petit texte de Camille Emmanuelle, blogueuse et journaliste spécialisée dans la culture érotique, qui conte son « éducation sensuelle » de jeune provinciale studieuse grâce aux albums de Manara. Un hommage à une éducation au plaisir qui pourrait servir de fil conducteur aux auteurs évoqués dans ce hors série.

Côté planches, on retrouve des histoires complètes d’Altuna, une évocation de Casanova par Guido Crepax, une Exhibition de Magnus, des extraits de Barbarella de Forest, Magenta de Nik Guerra, du récent La technique du périnée de Ruppert et Mulot et un inédit de Liberatore et Alain Chabat, Gigolo. Sans compter de nombreuses illustrations.

Rien de tout cela ne justifie vraiment le film plastique qui entoure le magazine ou le tampon « pour public averti » qui barre le bas de la couv’ (et une partie de la fesse de Druuna…), mais l’ensemble est de bonne tenue

World War Wolves: Quand l’homme devient (vraiment) un loup pour l’homme

WorldWarWolves-couvWorld War Wolves, tome 1: Dieu a de l’humour, Jean-Luc Istin (scénario), Kyko Duarte (dessin). Editions Soleil (comics), 112 pages, 14,95 euros.

Un mal d’origine inconnu mais très contagieux qui transforme une bonne partie de l’humanité en masse décérébrée et sanguinaire ; des rescapés qui tentent de se sauver, en se regroupant dans des territoires sécurisés et précaires où les conflits s’enveniment ; une bande dessinée en noir et blanc, nerveuse et expressive ; un format comics. Si tout cela fait songer fortement à Walking Dead… ce n’est sans doute pas un hasard, plutôt un clin d’oeil réussi. Car ici, c’est l’apparition d’une épidémie de lycanthropie qui remplace la horde de zombies …

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