Maël de retour en premières Lignes

Entre les lignes-couvEntre les lignes, Maël, Vincent Odin. Editions Daniel Maghen, 112 pages, 19,50 euros.

C’est un livre qui n’aurait j’aurais dû exister. Ou, plus exactement, qui doit son existence à une succession de hasards et de rencontres. Un concours de circonstances finalement aussi improbable que celui qui fit mourir un enseignant charentais, partisan de Jaurès, dans un coin de l’Aisne, entre Fère-en-Tardenois et Oulchy-le-Château, durant la bataille de Cramaille, le 1er août 1918.

Ce soldat, Julien « Marceau » Lafougère n’est autre que l’arrière-grand-père de Vincent Odin, directeur artistique de la galerie et des éditions Daniel Maghen.  Et c’est en travaillant à la préparation du catalogue pour une exposition consacrée au travail sur la Grande Guerre de Maël que Vincent Odin évoque l’existence de son aïeul et celle d’une sacoche en cuir contenant des fragments de vie du soldat : un herbier, un carnet de notes méticuleux sur l’armement, un appareil photo…

Alors que le dessinateur de Notre Mère la guerre avoue (comme il le souligne dans la préface à l’album) une certaine lassitude à l’égard de la Première Guerre mondiale, cette rencontre provoque un déclic. Et c’est ainsi que le simple catalogue d’expo devient un vrai album. Beau et unique…

Lire la suite

Un Teckel de grande race et qui citait Rimbaud

1_multipart_xF8FF_5_teckelLe Teckel, Hervé Bourhis. Editions Casterman, 84 pages, 16 euros.

Choc des générations avec Le Teckel. Pour cette bande-dessinée, Hervé Bouhris plante le décor dans l’univers impitoyable des représentants pharmaceutiques. Suite à un scandale révélant des dangers du médicament Marshall, les laboratoires Duprat tentent de se refaire une image avec le Marshall 2. Pour les représentants, il est désormais très difficile de faire avaler ces pilules aux médecins et aux pharmaciens. La direction du laboratoire décide alors de frapper fort avec une campagne de pub d’un goût douteux et en envoyant ses représentants par équipes de deux pour prêcher la bonne parole. C’est ainsi que Jérémy, jeune homme plein d’avenir aux méthodes powerpoint, se retrouve avec un vieux de la vieille surnommé Le teckel. Costume Pierre Cardin hyper classe des années 70, manteau en fourrure noir, moustache fournie, une vraie réplique de Jean-Pierre Marielle à la grande époque, les citations d’Arthur Rimbaud en plus. Inutile de préciser qu’entre ces deux-là, la mayonnaise peine à prendre…

Lire la suite

Héléna, une belle preuve d’amour à la petite semaine

Héléna-tome1Héléna, volume 1, Jim (scénario), Lounis Chabane (dessin). Editions Grand Angle, 76 pages, 16,90 euros (version collector, toilée, 21,90 euros).

Jim s’est fait le spécialiste des jolis albums romantiques, bien dessinés et aux personnages délicieusement mélancoliques. Démonstration confirmée avec cette nouvelle série autour d’un amour impossible et de son personnage fantasmatique Héléna.

Avant Héléna, il y a Simon. Un jeune homme plutôt banal dont la vie va être transformée quasi simultanément par deux événements.

Le jour de son mariage, il aperçoit Héléna, la beauté fatale de son lycée, son grand amour de jeunesse (non partagé). Une rencontre fortuite et furtive qui l’incite pourtant à refuser le mariage. Second événement, un gros héritage familial le met à l’abri du besoin et lui offre un bel appartement à Nice, donnant sur la mer. Une nouvelle rencontre, tout aussi imprévue avec l’amour de sa vie – qui, mère célibataire et après pas mal de galères est contrainte de travailler dans une supérette glauque – va lui donner une idée folle: proposer à Héléna 1000 euros pour trois heures de présence dans son appartement, chaque jeudi. Le début d’une étrange relation…

Lire la suite

Tous aux Abris !

Abris-couvAbris, Emmanuelle Houdart. Editions Les Fourmis rouges, 32 pages,18 euros.

Emmanuelle Houdart est une illustratrice vraiment à part. Un style reconnaissable au premier coup d’oeil mais aussi et surtout une façon peu commune d’insérer des éléments trash dans ses illustrations. Pour autant jamais, ô grand jamais de manière gratuite. Chaque chose a un sens, un symbole, une référence. En un dessin, le lecteur entrevoit mille choses sur le caractère et la vie d’un personnage. Le bon comme le mauvais. Les espoirs. Les cicatrices. Les idéaux. Le tout avec des couleurs très vives réalisées avec ses feutres à alcool.
Pour sa dernière parution, Abris, Emmanuelle Houdart s’est faite plus douce. Ce livre, aux bords arrondis et son aspect laiteux, est un vrai petit cocon qui parle des petits nids douillets. Tout d’abord celui du ventre de la mère, un abris où rien de mauvais ne peut arriver et où les chagrins sont consolés. Un abris, c’est quand on a plus peur de rien. Pour continuer de grandir, se réaliser, s’épanouir. Un endroit où se retrouver, avec les choses qui nous rassurent.. Lire la suite

La Voix du Nord lance sa Grande série de BD sur la Grande Guerre

La Voix du Nord propose une collection « exclusive » sur « 14-18 en BD ». Réédition de sept beaux albums, plus ou moins récents, issus du fonds éditorial de Casterman.

14-18enBDChaque mercredi, depuis la semaine dernière, un « chef d’oeuvre de la bande dessinée sur la Première Guerre mondiale » est proposée à la vente, chez les marchands de journaux du Nord – Pas-de-Calais. Un achat en ligne global de l’ensemble est également possible, sur le site du quotidien nordiste.

Débutée par C’était la guerre des tranchées, de Tardi (avec une couverture au fond rouge, très impactante), la collection se poursuit, ce mercredi 29 octobre avec les deux premiers tomes de La Guerre des Lulus, de nos Picards Hardoc et Hautière. Suivront Le Sang des Valentines de Catel et de Metter plus les Caméléons (joli et méconnu album de Henri Fabuel et Fabrice Le Hénanff), puis Le roi cassé, le superbe délire onirique de Dumontheil, L’ombre du Corbeau de Comès et Les Celtiques d’Hugo Pratt, et ensuite Le Long hiver de Patrick Mallet. Et enfin, pour clore la série, La Vigie de Chauzy et les Champs d’Honneur de Deprez et Rouaud.

Chaque album, reconfiguré sous sa nouvelle jaquette commune comporte entre 96 et 128 pages. 16 euros par album et 89 euros pour l’ensemble.

Un auteur de BD interdit de séjour en Israël

Un auteur BD interdit de séjour à cause de ses albums. C’est la mésaventure que vient de vivre Maximilien Le Roy en Israël.

Le dessinateur et scénariste Maximilien Le Roy. Bon, aussi, pourquoi porter une barbe aussi provocante, aussi ?

Le dessinateur et scénariste Maximilien Le Roy. Bon, pourquoi porter une barbe aussi provocante, aussi ?

C’est le journal l’Humanité de ce mardi qui le révèle. Le dessinateur et scénariste Maximilien Le Roy est « interdit de séjour » en Israël pour une durée de… dix ans. Invité à se rendre au premier festival de BD en territoire palestinien, l’auteur de Blanqui l’enfermé, de Gauguin au bout de la route ou España la vida s’est vu refouler à l’aéroport, le 13 octobre dernier, après avoir été traité quasi comme un terroriste (4 heures d’interrogatoire, fouilles dans son téléphone portable pour en visionner des photos « compromettantes » de manifs de gauche ou des noms arabes dans son agenda).

Ce ne sont pas ses évocations biographiques du révolutionnaire, du peintre ou des républicains espagnols qui lui ont valu ce traitement, mais ses albums consacrés à Gaza et à la Palestine. Des ouvrages apparemment bien connus des forces de sécurité israéliennes. Ce qui sera pour lui une maigre compensation…

Il témoigne de cela dans un entretien de deux pages, conclu par cette interrogation qui, vaut, en effet, d’être posé: « Comment un régime qui se targue d’être la plus grande démocratie du Moyen-Orient peut-il interdire le passage sur son territoire sous prétexte d’écrits ? Comment peut-on apparaître comme un fanatique en critiquant simplement la politique d’Israël ? Je n’ai jamais prôné ou fait l’apologie du terrorisme. Criminaliser la parole et la pensée est un vrai danger pour toutes les démocraties. »

Lire la suite

Le Cygne de la révolte des poilus

ChantCygne-couvLe chant du Cygne, tome 1: déjà morts demain, Xavier Dorison, Herzet (scénario), Cédric Babouche (dessin). Editions Le Lombard,

Dans la floraison d’albums sur la grande guerre, ce Chant du cygne est loin d’en marquer le déclin. Et son propos s’avère original, à la fois sur le fond et dans la forme.

Quelque part sur le front en 1917, en Picardie (dans l’Aisne, apparemment), une nouvelle offensive meurtrière et absurde plombe le moral des troupes. Surtout quand arrive dans la section du lieutenant Katz la mythique « pétition de la côté 108″. Lancée, d’après la légende des tranchées, après l’exécution particulièrement scandaleuse d’un fusillé pour l’exemple, ce texte signé par plusieurs milliers de poilus réclame l’arrêt de l’offensive Nivelle. Encore faut-il que le texte parvienne à l’Assemblée, à Paris. Sous la pression, l’Etat-major semble d’abord lâcher du lest. Mais une fausse promesse, révoltante, va décider un groupe de soldats à se lancer dans cette étonnante mission, qui fait d’eux des mutins poursuivis par toute l’armée…

Lire la suite

Hilda débarque en France et en force

hilda-couvHilda et le Troll, Hilda et le géant de minuit, Hilda et la parades des oiseaux, Hilda et le chien noir, Luke Pearson. Editions Casterman, 15,50 euros.

Cheveux bleus, un petit béret noir vissé sur la tête, un esprit aventurier et débrouillard, voici Hilda, imaginée par Luke Pearson. Il y a quelques mois, Hilda était encore inconnue en France. Jusqu’à ce que Casterman ait la bonne idée de sortir les quatre premiers tomes presque en même temps.
Dans le premier volume, on découvre l’univers de la petiote, agrémenté de petits personnages issus de légendes ou inventés par l’auteur. Trolls de pierre, géants, esprits de la maison, petit peule invisible à moins de signer un pacte, nuages-oursons etc, tout ceci appartient non à l’imaginaire de la fillette mais bel et bien à la réalité acceptée de tous.

Cette petite fille a grandi avec sa mère dans une maison en bois reculée de toute civilisation dans la montagne. Hilda passe son temps à lire, dessiner et surtout à se balader avec Brindille, son animal domestique d’espèce indéterminée. Puis lorsque sa maison est malencontreusement détruite sous le pied d’un géant, mère et fille partent s’installer en ville. Il va sans dire que le changement est très rude pour la fillette…

Lire la suite

De la SF très à l’ouest de la galaxie

UltimeFrontière-couvUltime frontière , tome 1, Léo, Icar. Editions Dargaud, 48 pages, 11,99 euros.

Du pur western et de la vraie science fiction dépaysante telle que Léo aime à le faire, tel est le cocktail – improbable mais qui fonctionne – de cette Ultime frontière.

La planète Tau Ceti 5 a été récemment colonisée par l’homme. Tel l’ouest américain du XIXème siècle, elle est peuplée de petits fermiers, pionniers venant chercher un avenir dans cette nouvelle frontière, mais aussi de quelques gros propriétaires cherchant à monopoliser les terres, plus les habituelles figures de petites frappes bas de plafond. C’est dans cet univers qu débarquent Jane et John Jones, deux mercenaires chargés de ramener un peu d’ordre. Un duo atypique, entre un frère paraplégique se déplaçant dans son chariot motorisé au airs de segway futuriste et une jeune fille, frêle d’apparence, mais experte en close combat.
Ils seront vite confrontés aux ambitions conquérantes et peu soucieuses des moyens du gros propriétaire du coin, Ronald Burton. Mais aussi à d’étranges créatures animales dotées de prothèses sophistiquées. La situation est peut être plus complexe que prévue…

Lire la suite

Avec « La Théorie du chaos », le papillon fait toujours de l’effet

Théorie_du_chaos-couvLa théorie du chaos, Pierre Schelle. Editions Delcourt, 126 pages, 9,95 euros.

Il y a des livres qui fascinent sans que l’on parvienne vraiment à en saisir la raison. Découvert par hasard dans les rayonnages d’une bibliothèque (qui avait donc du goût), voilà quelques années, c’est le cas de cette Théorie du chaos.

Cette théorie, vulgarisée à travers la fameuse image du battement d’aile de papillon qui peut provoquer un tsunami à l’autre bout de la planète, Pierre Schelle l’illustre et le démontre dans un développement muet à travers une réaction en chaîne éblouissante, allant d’un papillon butinant une fleur en Chine jusqu’à une tempête sur New York…

Lire la suite