Nouvelle guerre des mondes

Printemps humain_couvLe printemps humain, tome 1: Combattants, Hugues Micol. Editions Casterman, 56 pages, 14,50 euros.

Tous les extraterrestres ne sont pas sensibles à l’art et les rencontres du troisième type ne sont pas toutes aussi harmonieuses que dans le récent Soucoupes. Démonstration avec le début de cette série d’Hugues Micol.

Paris, dans le futur. La Terre a été envahie depuis plusieurs générations par l’empire Ort, « le plus noble de l’univers ». Ces créatures vaguement insectoïdes ont aménagé la capitale française, recouvrant les immeubles hausmanniens par des superstructures futuristes à l’allure étrangement organiques, donnant l’impression d’une ville colonisée par une flore improbable. La majorité des hommes, eux, vivent dans « la kasba », une sorte de ghetto, sur la rive droite de la Seine. Certains ont composé avec le nouveau régime, comme Jaq, directeur de l’agence terrienne, persuadé que cette « collaboration » est la seule voie pour préserver l’humanité. D’autres, comme son propre frère, Téomas – qui a gagné à sa cause son cadet, Sam – tentent au contraire de résister, sous la direction de Conoly et de la poétesse Rossa. Profitant d’une bataille livrée par les Orts derrière la ceinture d’Orion, les résistants décident de déclencher une insurrection armée…

Lire la suite

Régis Hautière et David François sortent du Labyrinthe

BD Homme de joie - hautière-françoisNouvelle séance de dédicaces pour le duo amiénois Régis Hautière et David François, autour de leur dernier album, le superbe Homme de joie (éditions Casterman).

Cette fois, c’est à la librairie de Saint-Leu, Le Labyrinthe, que ça se passe, vendredi 22 mai, de 16 à 19 heures.

Et, comme le dit l’organisateur, voici une « bonne raison de se retrouver et de boire un verre autour de ce nouvel album ». Et même des deux précédents réalisés en commun par les deux auteurs, De briques et de sang, l’enquête au sein du Familistère de Guise et L’étrange affaire des corps sans vie, désormais épuisé mais dont David François a récupéré encore dernièrement quelques exemplaires…

Superman n’est pas juif… mais il est plébiscité par les lycéens picards

Le prix du Meilleur premier album 2015, décerné par les lycéens picards dans le cadre des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens est désormais connu.

CV_superman.inddLa sélection de l’année était plutôt relevée. Et le résultat final se montre à la hauteur. Cette année, les lycéens picards ont choisi Superman n’est pas juif (et moi un peu) de Jimmy Bemon et Emilie Boudet (éditions La Boîte à bulles) comme leur  « meilleur premier album de l’année ». Cette autobiographie intimiste d’une quête identitaire d’un jeune garçon balloté entre un père juif et une mère catholique, plein d’humour, a reçu 102 suffrages (sur un total de 539 votes).

Deux autres albums se sont détachés dans les suffrages des lycéens: Izunas (Humanoïdes associés), de Carita Lupattelli et Kanopé de Louise Joor (Delcourt).

Lire la suite

Un temps de chien à l’arrière du front

Poilus d'alaska_tome 2_Melun_couvLes poilus d’Alaska, tome 2: Melun, printemps 1915, Michael Delbosco et Daniel Duhand (scénario), Félix Brune (dessin). Editions Casterman, 56 pages, 13,50 euros.

Moins d’un an après la parution du premier épisode, la saga des chiens de traîneaux du capitaine Moufflot se poursuit.

En ce printemps 1915, tandis que sur le front, les combats se poursuivent, le capitaine Moufflot tente toujours de convaincre l’Etat-major de lui permettre d’aller acquérir des chiens malamutes en Alaska, afin d’en faire des auxiliaires de transport de matériel pour l’hiver à venir. Lui qui pensait pouvoir compter sur le soutien de son vieil Melun va découvrir l’ampleur de la trahison et la veulerie de ce dernier. L’on découvrira aussi l’origine de leurs relations et l’importance de la femme de Moufflot dans celle-ci, dans le passé comme dans le présent. Une confrontation qui se règlera d’abord les armes à la main, dans un bon vieux duel avant que la vérité n’éclate de façon plus administrative. Et que Moufflot puisse, enfin, débuter son expédition…

Lire la suite

Quand « Charlie » parle (un peu) de « Charlie »

Dans le numéro d’aujourd’hui, Charlie Hebdo évoque, brièvement, quelques éléments de sa situation actuelle.

Charlie hebdo_nouvellesLes journaux ont toujours du mal de parler d’eux-mêmes. Mélange de pudeur et d’une, plus classique, logique de verrouillage de la communication propre à chaque entreprise. Alors quand ce journal-entreprise est, en plus, devenu un « symbole national », c’est sans doute encore plus difficile.

Après les informations ayant émergé ces derniers jours – au sujet du lancement d’une procédure de licenciement à l’encontre de Zineb El Rhazoui, du départ de Luz, de la mobilisation interne pour une plus égale répartition du capital ou de la situation financière du journal – Charlie hebdo se fend quand même de quelques petites explications, dans son numéro de ce mercredi…

Lire la suite

Coup d’oeil international sur le reportage BD

Courrier international_BDUn brin tardif (mais le numéro est toujours visible en ligne), mais on peut saluer l’initiative de Courrier international, dans son numéro du 13 mai, l’hebdo, qui publie très régulièrement des dessins du monde entier, a proposé un cahier spécial de « reportages BD ». Tout aussi international, celui-ci comprenait notamment une évocation épurée et très stylisée de l’itinéraire des frères Kouachi par l’Italien Gianluca Costantini (par ailleurs auteurs de romans graphiques biographiques de leaders communistes et socialistes italiens).

Autre réussite, la double page, de la néerlandaise Eva Hilhorst, en forme d’introduction au journalisme graphique. Moins convaincantes, voire un brin hermétiques, les autres reportages (une carte postale sur la ville serbe de Bor, des illustrations sur la communauté lesbienne russe, la vie quotidienne dans un quartier populaire de Chicago, des vues impressionnistes sur Téhéran ou un extrait du manga Ichiefu, chroniques d’un ouvrier de Fukushima, par Kazuto Tatsuta) ont le mérite de faire montrer la diversité de traitement et de sujets auquel peut se prêter le « BD reportage ». Le tout accompagné, dans la tradition de l’hebdo, d’une synthèse sur les principaux titres et revues proposant des « BD reportages ». Avec un petit oubli, certes justifié par la ligne éditoriale de l’hebdo évoquant la presse étrangère, au sujet de la revue XXI, qui a quand même joliment relancé le genre en France.

Nouveau tour de valse en Picardie avec Tony Canton

Nouveaux ciné-concerts de Tony Canton, ces jours-ci dans l’Oise, de son « Tour de Valse ».

On l’avait déjà évoqué, à l’automne dernier, lors de son passage à Flixecourt, dans la Somme. Ce soir et demain, il redonne son spectacle dans l’Oise, à Thourotte, près de Compiègne, puis à Chambly. Un spectacle mêlant donc musique, image, son et bande dessinée, avec une adaptation du Tour de valse de Pellejero et Lapière.

L’artiste s’explique plus sur son projet dans un entretien au Courrier picard du jour, édition Oise.

Catharsis libératoire

catharsis_couvCatharsis, Luz. Editions Futuropolis, 128 pages, 14,50 euros.

Le 7 janvier 2015, la vie de Luz a basculé. Arrivé en retard pour la conférence de rédaction de Charlie hebdo, il a juste vu les deux frères Kouachi quitter l’immeuble. Effet de sidération absolu d’un des rescapés du drame. Et début d’un cauchemar inimaginable. Quatre mois après, il en tire un récit fantasmé, inclassable. Et magnifique.

Tout commence, dans Catharsis, le 7 janvier, à 18 heures, au Quai des Orfèvres. Premier interrogatoire d’un des rescapés du drame de Charlie. Sous son crayon, apparaissent un puis plusieurs « petits bonhommes » immobiles aux yeux incrédules, sidérés devant cette réalité indicible. On retrouvera ces petits bonhommes, une centaine de pages plus loin. Mais cette fois, ils se sont remis en marche. Ils avancent. Entre les deux planches, Luz raconte les tourments qu’il a enduré. Avec toute une série de récits courts, en quelques planches. Il se dessine, fantasmé, la moitié du visage arraché à la conférence de rédaction, se décrit faisant l’amour avec sa compagne et « pleurant des larmes de foutre« .

Dans certaines évocations, plus sensuelles, Luz se libère de son trait habituel

Dans certaines évocations, plus sensuelles, Luz se libère de son trait habituel

Il apprivoise sa « boule au ventre » en la nommant Ginette, se moque gentiment de sa « sécu ». Les deux terroristes, entre aperçus au loin prennent des airs de danseurs dans une chorégraphie rythmée par le « tak, tak » des kalashnikov, il imagine le pigeon qui a chié sur l’épaule de François Hollande le 11 janvier, se renvoit vingt ans en arrière apprenant à dessiner aux frères Kouachi et déviant leur destin tragique, exprime sa lassitude de la pression médiatique, raconte la vision complotiste des attentats, il se moque avec une tendre ironie des hommages et de la pluie de crayons ayant suivi l’attentat. Mais il en vient aussi à frôler la folie en tentant de faire brûler ses Charlie hebdo dans le four, gagné par une frénésie rouge. Dans un des récits les plus réussis, à la fois drôle et poignant, il extériorise son trauma en se dessinant parlant à la tombe de Charb. On y apprend aussi dans l’album, avec surprise, que le 7 janvier, cruelle ironie, est sa date anniversaire (« et qu’il ne se passe jamais rien » à cette date-là)…

Lire la suite

Luz toujours « Charlie » mais bientôt plus à l’Hebdo

Luz confirme dans Libération son départ prochain de Charlie Hebdo. Pour raisons personnelles surtout.

Libé_luzLa semaine dernière, Médiapart avait évoqué le premier ce qui n’était encore qu’une rumeur. Libération, dans son édition de ce mardi apporte la confirmation, lors d’un entretien avec le principal intéressé: Luz va quitter Charlie hebdo en septembre. « Je ne serai plus Charlie hebdo mais je serai toujours Charlie » affirme cependant le dessinateur devenu emblématique du journal depuis le massacre de janvier.

Cet entretien arrive opportunément, alors que Libé, qui héberge l’équipe de l’hebdo satirique s’est fait doubler par Médiapart et que Le Monde allait annoncer aussi, dans le Monde des Livres, le départ de Luz). Alors, aussi, que l’album « purificatoire » de Luz, Catharsis, sort ce 21 mai (on a d’ailleurs prévu d’y revenir très vite, plus longuement ici). Mais les propos de Luz sont tous sauf promotionnels dans ce long échange avec Quentin Girard (bon spécialiste BD de Libé). Et Luz n’entre pas non plus dans la polémique sur le climat supposé un brin délétère au sein de Charlie hebdo, avec la révélation de la procédure de licenciement entamée contre la chronique Zineb El Rhazoui et des explications un un alambiquées du directeur, Riss, dans Le Monde de ce lundi.

Alors que certains, pas innocemment, tentent de déboulonner les idoles (selon le classique triptyque médiatique « je lèche – je lâche – je lynche »), Luz se montre beaucoup plus retenu. Et fait montre d’une grande lucidité…

Lire la suite

Du bon temps dans le beau jardin des souvenirs

Jardin de minuit_couvLe jardin de minuit, Edith, d’après le roman de Philippa Pearce. Editions Soleil / coll.Noctambule, 98 pages, 17,95 euros.

Après La chambre de Lautréamont, Edith revient d’une autre manière sur l’univers des songes, en adaptant un classique de la littérature jeunesse anglaise, Tom’s Midnight Garden.

Placé en quarantaine à cause de la rougeole de son frère, Tom,  un petit garçon anglais est envoyé chez son oncle et sa tante, dans leur triste bâtisse. Les bons petits plats de tante Gwen ne parviennent pas à ôter l’ennui de ses journées solitaires. Mais un soir, il entend la vieille horloge du couloir sonner… treize coups. Intrigué, il se lève et va ouvrir la porte de l’arrière-cour, où il découvre un immense et magnifique jardin. Irrésistiblement attiré, il va mieux multiplier les visites afin de mieux connaître cet étrange endroit et ses habitants, dont une petite fille, Hatty, qui paraît vivre à l’époque victorienne et qui semble être la seule à le voir. Ne pouvant se confier qu’à travers les lettre qu’il envoie à son frère malade, Tom va chercher à percer les secrets de cet univers où le temps ne semble pas s’écouler de la même manière…

Lire la suite